ACTE PREMIER
toutes parts, sans amis, sans appuis, je t'abandonnerais à mon tour.... ]\on, tu n'as pas cru cela?...
Armières. — Je ne le crois pas, en effet.... C'est pour cela qu^une dernière fois, je le conjure de me venir en aide, et je le fais sans honte, sans remords, car je ne suis coupable ni d'une légèreté, ni d'une faute. Les événements ont tourné contre nous.... Enfin, pense que ce n'est pas moi seulement qu'il faut sauver : notre nom, mon honneur sont engagés dans l'aventure. Si je n'ai pas payé ma dette dans trois jours, c'est la faillile. Comprends-tu ce qu'il signifie ce mot : la faillile! pour un homme comm.e moi. Vois d'où je tomberais.,.. Quelle joie celte chute éclatante donnerait à mes concurrents et aux collègues dont il faudrait encore accepter les poignées de main menteuses et les apitoiements afTectés. Après ayoir été ce que je suis, prendre l'aKitude humiliée du monsieur qui trotte du syndic au juge commissaire qui, le chapeau à la main, fait la tournée des créanciers injurieux et, sous leurs rebuffades, sollicite humblement le vote de son concordat. Ah!., cela... non!... non!... Voyons, Marthe, j'ai été pour toi le plus aimant des maris, par une affection constante, par une sollicitude passionnée, j'ai tâché de le rendre la vie facile et belle. .Notre intimité n'a été troublée ni par une querelle ni par un désaccord. Pendant vingt ans d'existence en commun, je ne crois pas l'avoir causé volontairement une peine, j'ai fait de toi une femme heureuse et qu'on enviait. Eh bien, au nom de ce passé, au nom de notre amour, au nom de notre fille, Marthe, je t'en supplie! sauve-moi. Sauve-nous tous les trois!
Madame Armikues, détidée. — Quand te faut-il ces fonds?
Armières. — Demain, après-demain au plus tard.
Madame ArmiÈRES, s'asseyant à uae table. — J'éCPis à
M. Pierron, mon agent de change.
La femme de chambre entre avec une lettre.
Julie. — Une lettre qu'on vient d'apporter pour
madame.
Sur un geste de Mme Armicrcs, la bonne pose la lettre sur la table et sort. Mme Armières continue à écrire.
ArmiÈRES, après la sortie de Julie. — Je vais téléphoner à M. Pierron et lui annoncer ma visite pour demain. Quand tu verras Mme de Réhy, reviens sur votre conversation de tantôt et démens avec plus d'assurance les nouvelles qu'elle ta apportées.... Personne, personne au monde ne doit connaître la vraie situation. Ainsi nous pourrons tenir la dragée haute à la Compagnie des Aciéries en attendant la réponse de l'autre acquéreur qui, d'ailleurs, ne peut tarder à arriver.
(Mme Armières lui donne la lettre quelle vient d'écrire II embrasse sa femme.) Merci.... (Pendant qu'il relit la lettre, Mme Armières décachette celle que la bonne a apportée. Armières va pour sortir.) Je vais téléphoner.
Madame Armières, la voix changée. — Attends.
Armières. — Qu'est-ce que c'est?
M.ADAME Armières. — Une lettre d'Honorat!
Armières. — Ton notaire?... Des offres? Un nouvel acquéreur?
Madame Armièrks. — Peut-être.
Armières. — Qui?
Madame Armières. — Jean.
Armières, ne comprenant pas. — Jean?
Madame Armières. — Mon fils.
Armières. — Quelle est cette plaisanterie?
Elle lui tend la lettre. 11 la prend.
Madame Armières. — Lis.