‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 141 sur 170 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

Marguerite. — Eh bien, et papa?

Madame Armières. — Il finit son courrier.

Marguerite. — Lui qui me pressait tant.... Si j'avais su î...

Madame Armières. — Donne-lui cinq minutes.

Marguerite. — Il n'a pas oublié de téléphonera...?

Madame Armières. — Non, ma chérie, non. C'est monsieur Georges lui-même qui a répondu. Il sera chez ta grand'mère avant toi.

Marguerite. — Tu ne nous accompagnes pas, décidément?

Madame Armières. — J'attends une personne.

Marguerite. — Qui?

Madame x\p.mières. — Quelqu'un que tu ne connais pasî

Maiguerite. — Celle visite te préoccupe bien.

Madame Armières. — Moi?

Margiehite. — Au déjeuner tu étais... toute... toute... chose... et maintenant encore....

Madame Armières. — Quelle i'iée !

Marguerite. — Il m'avait semblé que.... Enfin.... (Pause.) Valentine aussi va sortir?

Madame Armières. — Avec Hortense. Je l'envoie chez la mère Cauchant, cette pauvre femme qui habite au faubourg Martainville. Je lui ai promis des vêtements pour sa fillette.... Valentine les lui portera.

Marguerite, voyant l'allmm ouvert sur la table. — Qu'est-ce que tu regardais là?... (Penchée sur l'album.) Mais, c'est mon portrait à deux ans.... Voilà le portrait de Valentine en jupes courtes.... ('Re.çanlant le portrait qui est .sur la

clierairide.) Comme elle a changé.... Elle riait à cette époque. Elle est plus sévère aujourd'hui... Et ce petit garçon, qui est-ce?

Madamb Armières. — Ton frère, ton frère Jean.

Marguerite, indifférente. — Ah!

Madame Armières. — Est-ce que lu penses à lui quelquefois? Tu ne désirerais pas le voir?

Ma.rguer.ite. — Je ne sais pas, mainan.... Je ne le connais pas. . . et iJ est si rarement question de Jean. . . . Enfin. . . .

M.vDAME Armières. — Enfin?

Marguerite, se reprenant. — Rien.

Madame Armières. — Qu'allais-tu dire?

Marguerite. — Rien d'intéressant.

Madame Armières. — Mais encore? Si tu ne parles pas, lu vas me laisser supposer que tu as une de ces vilaines pensées que l'on n'ose avouer. Hé?... Crains-tu de l'expliquer? Je ne t'ai jamais grondée cependant, lorsque tu m'as eu fait l'aveu d'un sentiment peu digne de toi, ou d'un mouvement de cœur qui manquait de générosité. Alors?... Va.

Marguerite. — Eh bien, quand j'ai appris que j'avais un frère... c'est par une phrase de Valentine, car tu me l'avais laissé ignorer....

Madame Armières. — Tu étais encore une enfant.

M.\rguerite. — Je crus d'abord que Valentine se moquait de moi. Je ne concevais pas qu'elle eût pu me dire la vérité. Certes, je savais bien qu'elle-même était ta fille et n'était pas la fille de papa.... Mais comment cela se faisait, je ne me l'étais jamais demandé.... Valentine m'apprit que tu avais été mariée deux fois, et que ion premier mari était son père à elle et à Jean.... Alors —

M.\D.\ME Armières. — Alors?. . Tu as été surprise... fâchée?... C'est cela, n'est-ce pas?

Marguerite. — Je ne saurais te dire précisément ce que j'ai éprouvé.... Cette révélation me donnait du dépit, de la confusion, du chagrin.... Et c'est dans mon culte pour toi que je me sentais atteinte, humiliée.... Tu me pardonnes de....

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