ACTE DEUXIEME
Madame Armjèrks. — Puisque je t'ai demandé de me parler avec franchise....
Marguerite. — J'étais comme offensée cfue tu eusses deux familles entre lesquelles tu avais le devoir de te partager.... Je me persuadai — les petites filles ont des idées bizarres — que tu nous appartenais un peu moins, et je devins jalouse.
Madame Armières. — De qui? De ta sœur, de ton frère?
MAftGLERiTE. — Non... je ne sais pas.... El ce n'était même pas pour moi que je souffrais, c'est plutôt pour papa.... J'étais blessée que tu ne l'eusses pas aimé toujours, et lui seul. Aussi, moi, je me mis à le chérir, de tout mon cœur, comme si je lui devais une sorte de dédommagement.
Madame Armières. — Et voilà la raison de la préférence secrète que tu as pour ton père.
Marguerite. — Moi?
Madame Armières. — Oh! bien à ton insu.... Je l'ai deviné à mille petits signes.
Marguerite, dans ses bras. — Je t'assure que tu es ma maman adorée....
Madame Armières. — Ne crois pas que je blâme un penchant involontaire dont je saisis trop et mieux que toi les causes lointaines et profondes. D'ailleurs, vais-je me plaindre au moment où ton père et moi n'allons plus occuper que la seconde place dans ton affection?
Marguerite. — Comment peux-tu dire?...
Madame Armières. — Tu aimes ton fiancé, n'est-ce pas?
Marguerite. — Oh! oui!
Madame Armières. — iNe rougis pas, ma chérie. Il t'aime lui aussi. Mais le jour où tu seras sa femme, tu le suivras dans une autre maison, tu auras un autre foyer, de nouveaux devoirs, des soucis et des joies où
246 LA MAISO" D'ARGILE.
nous n'aurons aucune part. Ne réponds pas. Il faut que cela soit ainsi. Yois-tu, mon enfant, ton instinct de petite fille ne se trompait pas : on ne saurait appartenir à deux familles. Le cœur est comme un vase étroit, il ne peut y pousser qu'une fleur.
Armières entre.