‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 149 sur 170 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

explications sur ma démarche, je le conçois, mais il n'appartient qu'à vous d'examiner l'accueil qu'on doit y faire.

Madame Armières. — Je vous assure que, pour bien des raisons, je ne peux pas....

Jean. — Excusez-moi de vous parler si vivement et de vous presser avec tant d'insistance, mais je m'explique toujours un peu brusquement et sans diplomatie.... Enfin, vous ne savez pas quelle importance j'attache à devenir le directeur de cette usine. Pendant des années, je me suis imposé de longues heures d'un labeur assidu, avec l'espoir que je sortirais enfin de l'humiliante condition où je végétais. Tous les soirs, en quittant la fabrique où nous étions contremaîtres, tous deux, mon père me donnait des leçons de géométrie, de chimie, de mécanique. C'est sa partie, il y est maître. Il ne lui a manqué qu'un peu de pondération et d'esprit de méthode pour devenir un grand inventeur. Grâce à lui, je me suis fait un assez beau bagage scientifique. Mais, sans diplômes officiels et sans le sou, je n'en suis pas moins condamné à tirer le collier dans des postes subalternes, sous la férule d'un patron. Or, si vous vous y prêtez, dans quelques semaines, je suis directeur d'une usine. C'est un coup de fortune pour moi, le moyen d'appliquer mon activité, d'utiliser mes connaissances. Je cesse d'être le petit contremaître à trois cents francs pour devenir chef d'industrie; mon avenir est assuré, ma vie est faite. Je ne vous ai pas, jusqu'ici, fatiguée de mes réclamations, et sans doute ne vous aurais-je rien demandé si le hasard ne vous avait placée tout à coup dans l'unique situation où, sans qu'il vous en coûte rien, vous pouvez me rendre un inappréciable service. Madame Armières. — Vous ne pouvez pas savoir com-

2o4 L\ MAISON DARGILE.

bien cet entrelien est pénible pour raoi, et quelle gêne me donne ce marchandasre. J'aurais été heureuse de répondre mieux au premier désir que vous exprimez, mais je ne le peux pas.

Jean. — Pourquoi?

Madame Armières. — Parce que... parce que...

Jeax. — Une raison?

iiADAjïE Armières. — Je vous en prie!

Jean. — J'ai beau y réfléchir, je ne m'explique pas comment il peut se faire que vous repoussiez une proposition déclarée tout à l'heure acceptable.

Madame Armières. — C'est que —

Jeax. — A moins qu'il ne vous soit désagréable de me voir de retour à Rouen et à la tête de l'usine.

Madame Armîères. — Comment pouvez-vous supposer?. . .

Jeas. — Alors I D'où vient votre hésitation?

Maj)ame Armières, hésitant. — C'est que .. si... après avoir demandé treize cent mille francs aux Aciéries, on pouvait consentir à lein^ laisser l'usine à huit cent mille, c'est à la condition qu'on versât la somme intégrale le jour même de la signature du contrat.

Jea>'. — Pourtant vous n'avez pas besoin d'argent.

Madame Armières, se levant. — Hé! Si l'on n'en avait pas besoin, croyez-vous que je n'accepterais pas votre offre?

Jean. — Comment?

Madame Armières. — Eh bien, oui, j'ai parlé, et je veux que vous sachiez que je suis contrainte de vous répondre comme je le fais.

Jea'N. — Ah! Par exemple Une si belle affaire....

Il faut qu'on ait été bien maladroit ou bien léger....

Madame Armières. — Malheureux, surtout 1 Des événements imprévus.... De grosses pertes —

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