ACTE DEUXIÈME
Jean, soupçonneux. — Qui dépassent ou atteignent an moins le chiffre de huit cent mille francs, puisque vous êtes obligée de demander le versement immédiat de celte soumie.
Madame Armières. — Oui. Je n'auiais pas fait une confidence pareille à un autre que vous, vous devez le comprendre, et vous comprenez aussi maintenant que vous ne devez pas insister davantage auprès de moi.
Jea:>. — Oh! mais pardon, pardon! Ces dettes qu'on payera avec l'argent que vont verser les acquéreurs, ces dettes sont personnelles à M. Armières. Vous n'êtes pas tenue de les acquitter.
Madame Ahmièrks. — Peut-être. Cependant, s'il ne les payait pas....
Ji AM. — J'entends bien, il serait poursuivi, et, s'il n'obtenait pas la liquidation judiciaire, mis en état de faillite.
Madame Armières. — Vous voyez bien que je suis obligée....
Jean. — De les payer? Jamais de la vie !
Madame Armières. — Mais les créanciers?
Jean. — Ils ne peuvent pas vous forcer à vendre l'usine, ni la saisir. Vous êtes mariée sous le régime de la séparation de biens et vous n'êtes pas l'associée de M. Armières. Les immeubles, les machines vous appartiennent; ils ne constituent pas le gage des créanciers. Qu'ils fassent un procès, ils le perdront.
Madame Armières. — En plaidant contre eux, je plaiderais contre mon mari.... Enfin, je n'ai pas le droit de laisser des traites impayées. Il y a là une question de probité. Et l'honneur de M. Armières est en jeu.
Jean. — Que vous ayez résolu de sauver votre mari, je le comprends. Mais vous avez une fortune
'J.jG la maison rrARGILE.
Madame Armières. — Ma... fortune.
Jean. — Elle est respectable. Elle tous permet de lui venir en aide sans toucher aux fonds que l'on va vous remettre. D'ailleurs, entre les offres de la Compagnie de l'Ouest et les miennes, il n'y a que deux cent mille francs d'écart. Qu'est-ce que cela pour vous? Enfin, vous fournissez une partie de la dot de Mlle Armières... peut-être la totalité... en outre, vous désintéressez les créanciers de M. Armières. . . . Refuserez-vous de nous faire un petit avantage?
Madame Armières. — Je jure que vous n'auriez pas été forcé de me le dem^ander par deux fois s'il ne dépendait que de ma volonté de vous satisfaire.
Jean, l'observant. — Vraiment.... Vous ne pouvez pas disposer?...
Madame Armières. — Non... non... je vous assure!
Jea>. — C'est donc qu'après avoir doté votre fille et payé les dettes de votre mari, il ne vous restera qu'une fortune bien réduite? (Elle ne répond pas. Insistant.) N'est-ce pas?... (>'ouveau silence.) Ou décidément, c'est qu'il ne vous plaît pas de m'accorder....
Madame Armières, vivement. — ]S> croyez pas cela.
Jea>'. — Alors... la ruine?
Madame Armières. — Ohl... non.... (Jean vn parler.) Oui... presque....
Jean. — Ah ! très bien ! parfait! (Pause.) Mais dans tout ça, qu'est-ce que vous faites de nous? Valentineet moi? Y avez-vous songé? Que vous vendiez la maison fondée par aotre grand-père pour en ajouter la valeur à l'héritage que vous avez reçu de lui et sur lequel un jour tous vos enfants auront des droits égaux, je le veux bien ; mais que cet héritage tout entier soit réalisé de votre vivant au profit de votre nouvelle famille, c'est ce que nous ne
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pouvons accepter. . . . Que dit Valentiiie de celte opération?
Madamk Armièrks. — Je n'ai pas consulté ma fille.
Jean. —Ah!.. .
Madame Armières. — Je n'ai pas à la consulter.
Jean. — Sans doute. Légalement, vous êtes la maîtresse de vos biens, vous pouvez en disposer en faveur de qui vous plaît et de votre vivant donner votre fortune jusqu'au dernier centime, sans qu'on ail le moyen de vous en empêcher. 3fais vous parlez de probité!... Croyez-vous qu'il serait loyal de profiter de la situation pour prendre une mesure si contraire aux intérêts de ma sœur et aux miens ? Le soin que vous mettiez à cacher vos projets à Yalentine prouve qu'à vos yeux mêmes ils paraissaient injustes.
Mad.\me Armières. — Si j'avouais la vérité à ma fille, si je disais que mon mari est près de la faillite, que sa soeur va voir manquer son mariage, que je serais désespérée par ce double malheur, Yalentine, j'en ai la certitude, me conseillerait de le conjurer, coûte que coûte.
Jean. — Il est bien aisé de s'en assurer, faites-la venir.
Madame: Armières. — Ici?
Jean. — I<;i.
Madame Armières. — Maintenant?
Jean. — Oui.
Madame Armières. — Gela n'est pas possible.
Jean. — Pourquoi ? N'ai-je pas le droit de la voir, de Iinterrog-er, de me concerter avec elle dans une affaire où tout notre sort se débat?
Madame Armières. — D'ailleurs, elle est malade.
Jean. — Alitée?
Madame Armières. — Non.
Jean. — Alors ?...
Madame Armières. — Non I... non !... Je ne peux pas.
Jean. — Vous devez vous douter que je ne laisserai pas plus longtemps ma sœur dans Tignoranœ de ce qui se prépare. Aujourd'hui ou demain je la verrai. Il faut que je la voie. Que gagneriez-vous à retarder une entrevue nécessaire?
Madame Armières. — Comment la mettre ainsi brusquement devant vous, sans l'avoir prévenue de cette rencontre, sans l'avoir avertie de votre arrivée?...
Jfan. — Qu'à cela ne tienne : elle sait déjà que....
Madame Armières. — Elle sait?...
Jean. — Mais oui.
Madame Armières. — Vous avez écrit?
Jean. — Je l'ai vue I
Madame Armières, comprenant. — Ses sorties... depuis un mois.... Elle allait donc vous voir?
Jean. — Elle allait voir son père. Ma présence, vous le voyez, ne la surprendra pas. Et mieux vaut avoir une explication immédiate. Je ne partirai que fixé sur vos intentions. (Geste de Madame Armières.) Réservez votre réponse jusqu'au moment où vous nous aurez entendus tous les deux. (Nouveau geste.) Non, VOUS ne refuserez pas découler Valentine. Vous ne prendrez pas de dispositions irrévocables, ainsi, furtivement.
Madame Armières. — Eh bien, soit!... (Elle sonne.) Finissons-en.... (A la bonne qui entre.) Priez mademoiselle Valentine de venir. (La bonne sort.)
Jean. — Quoique ma sœur et moi ayons des intérêts communs, je confesse que les intérêts d'un fils qu'on n'a pas vu depuis vingt ans puissent paraître moins respectables que les siens. Aussi, et pour donner la preuve que je n'apporte ici ni passion, ni rancune, laisserai-je Valentine seule juge du débat. Et d'avance, je m'incline devant sa décision. Valentine entre.