SCÈNE VI ARMIÈRES, MADAME ARMIÈRES, MARGUERITE
Madame Armières est tombée assise dans un fauteuil, Marguerite s'agenouille devant elle et lui prend la main. Armières se promène avec agilation.
Madame Armières. — Henri!... Tu ne m'en veux pas?
Armières. — Je ne te reproche rien. Ce qui est fait, est fait. Et tu avais le droit d'agir ainsi. Mais moi, je ne resterai pas plus longtemps dans cette ville.
Madame Armière>, se levant. — Henri I
Marguerite. — Papal Elle va à son ptrc.
Armières. — Tombé du rang où je m'étais placé, ici, je ne serais plus qu'un homme déconsidéré, déchu, sans influence, objet de dérision ou de pitié.
Madame Armières. — Nul ne songerait
Armières. — Si ce n'est pour les autres, c'est donc pour moi que je n'accepte pas ce rôle humilié. Je me serais malaisément résigné à voir un autre directeur à la tête de mon usine. Et si cet homme est ton premier mari, monsieur Rouchon....
Madame Armières. — C'est Jean qui la dirigera.
Armières. — Auprès de lui, il y aura son père, qui se vantera de m'avoir chassé de cette place qu'il occupait jadis. Vais-je m'exposer à le rencontrer goguenard, triomphant, tandis que moi? Non. Mon parti est pris. J'accepte l'offre que l'on ra"a faite aux Forges.... La direction de leur succursale à Tiflis.
Madame Armières. — Tiflis?
Marguerite, dans les bras de son père. — Tu vcux partir?
Madame Armières. — Quitter Rouen? S'expatrier....
Armières. — Si le voyage ou si la vie en un pays inconnu et lointain t'effrayent, je ne t'oblige pas à me suivre. De mes appointements, je ferai deux parts, tu toucheras
Madame Armières. — Est-ce que je pense à te quitter I Mais tu réfléchiras.
Armières. — Je réfléchis avant de me décider, non après. 'Fausse sortie.) Il ne me reste qu'à écrire....
Marguerite, pleurant. — Non.... Ah! je t'en prie, papa... papa, ne pars pas. Si tu partais, il me semble que je ne te reverrai plus jamais I Ne me quitte pas, dis, ne me quitte pas.