‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 35 sur 170 · ACTE TROISIEME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIEME

Robert. — Trop tard.

Le Baron. — Non. Car j'ai déjà répondu à Brianne à tout hasard. 11 doit avoir commencé l'opération. (Mouvement de Yeinières.) Oli ! peut-être attend-il votre ordre avant de s'engager à fond. (A Robert.) Monsieur Vernières, voulez-vous aller à la poste?... Ne confions rien aux employés, et ces seuls mots, à cette adresse « Soutenir le nègre ». On comprendra.

Robert prend son chapeau et sort.

Vernières. — Que va-t-il arriver?

Le Baron. — Dans une heure, la hausse sur nos titres.

Vermères. — Ah !

Le Baro-n. — Nous ne pouvions faire autrement.... Mettez-vous ça dans la tête. Je n'ai pas plus de joie que vous à courir les aventures, mais je veux sauver la Nouvelle-Afrique qui est mon œuvre, mon sang, ma chair. Contre nous d'Urth et ses spéculateurs. Avec nous des actionnaires. Il faut marcher pour eux.

Silence. Entrent KIobb et Chauvelot.

Ghauvelot. — Les signatures sont données.

In silence. Les trois hommes, d'un même mouvement, tirent leur montre et regardent l'heure. Soupirs. Nouveau silence. D'Angerville entre, le visage décomposé.

Le Baron. — On vous a téléphoné?

1)'Angerville. — Oui !

Le Baron. — Quoi?

Klobb, près de la petite porte. — On vient.

Chauvelot. — Ce doit être Carrier.

Klohb, qui a ouvert. — Oui, Carrier!

Carrier entre, i! a couru, il est essouffl»*.

Le Baron. — Vous revenez de la Boui'se? Déjà r Un désastre?

ToMK H. 4

îi LES VELNTRES DORÉS.

Klobb. — Quelles nouvelles?

Le Baro->-. — Eh bien?

Carrier. — Ah! les... ahl les....

Le Baron. — Mais parlez donc!

Carrier. — Les cours.....

Klobb. — Ils baissent?

Vermères. — Ils ont baissé?

Le Baro>-. — Combien?

Carrier. — Trois cents francs !

Tous. — Trois cents francs.

Carrier. — En une demi-heure.

Tous. — Ce n'est pas vrai, vous êtes fou. La raison?

Carrier. — Une panique! Une journée de panique I Ah! si vous voyiez ce spectacle! Des déments qui s'agitent et hurlent dans une maison de fous, un jour d'orage. Il sont pris du délire de la destruction. Ils lancent, à tour de bras, sur le marché, tous les titres, les valeui'S françaises, étrangères, les fonds d'État. C'est une frénésie! Ils vendent comme si le monde devait faire faillite demain. Et les nouvelles qui volent, fausses, invraisemblables, insensées, précipitent cet effroyable mouvement de baisse. On crie que la Grande Banque suspend ses paiements, que Montés est en fuite, que nous avons des traites protestées, qu'en Mauritanie, notre ingénieur, nos ouvriers, ont été massacrés 1

Klobb. — Mais, c'est faux !

D'A>GERviLLE. — Ils osent dire!

Vermères. — Les misérables!

Le Baro>-, à Vernières. — Vous avez entendu?

Chauvelot. — Ils veulent en finir avec nous aujourd'hui.

Le Baron. — Avant le vote de la Chambre.

D'Angerville. — Ce sont des bandits, nous ne nous

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