ACTE TROISIEME
commelti'ont aujourd'hui avec nous. (A Robert.) Voyons, ost-ce vrai?
Robert. — Hé! mon frère ne l'ignore pas.
Yernières. — Voyons, Hobert, tu ne peux pas me conseiller s<'^rieusement. . . . Sais-tu quelles responsabilités?. . .
Le Baron. — Nous sommes à la tête de TalTaire pour les endosser toutes.
Yermères. — Vous oubliez à quoi l'on s'expose, les risques....
Le B\R0.\. — Quel risque? La police correctionnelle? Est-ce que je ne le cours pas avec vous, moi, votre Président? C'est l'honneur de notre métier, cela. Oui, je risque la prison, mais, pour sauver des millions qu'on nous a confiés (Montrant la fenêtre), pour eux, (Il mène Yer-
nières devant la fenêtre.) Regardez cette foule qui vient. Ce sont des actionnaires, des obligataires qui accourent aux nouvelles, anxieux, tremblants, n'ayant d'espoir qu'en nous. Allons-nous livrer ces malheureux sans défense aux flibustiers qui les dépouilleraient? JN'avonsnous pris leurs économies, leurs sous, lentement amassés par des privations quotidiennes, par de dures fatigues et des veilles laborieuses que pour enrichir des agioteiu's? Voyez cette femme qui pleure avec ses deux enfants, ce vieillard si las, cassé; cet homme congestionné qui crie avec des gestes furieux, et tous les autres, les yeux levés comme s'ils vous apercevaient et tendaient vers vous, leurs visages suppliants. Ce soir, ils seront riches ou pauvres, comme vous l'aurez décidé. Mais songez aux drames qui se joueront demain, dans leurs maisons, la catastrophe consommée ! Ménages sans (■'pargne, filles sans dot, vieux sans pain, la misère portée jusqu'au fond des provinces, jusque dans les hameaux. Voilà ce que peut faire un mot de vous. Pour fuir une
12 LES YEMRES DORES.
responsabilité incertaine, plongerez-vous deux cent mille familles dans le deuil? Doivent-ils payer votre repos de leurs trois cents millions? Vernières, je m'adresse à votre cœur et à votre raison. Est-ce possible? NonI Vous le sentez bien !
Robert. — Maurice, au nom du ciel, laisse-toi fléchir! il y a quelques mois, fu m'as dit que ta Compagnie était prospère, solvable. C'est sur la foi de tes paroles que j'ai fait cinq cent mille francs d'avances à Fourchot. Si vous ne le payez pas, je suis ruiné. Veux-tu ma mort? Songe à mes enfants, à Lucienne qui m'aime autant que Jeanne peut t'aimer... si tu voyais sa douleur! Songe au désespoir de ta femme si tu étais dans la situation où je suis.... Que vais-je devenir?... et les milliers de braves gens qui ont eu confiance en toi? .. un mot, dis un mot qui nous sauvera tous?
Le Baro>-. — Voyons, c'est convenu?
Robert. — Tu consens?...
Vermères. — Mais... attendons un moment encore. Il sera toujours temps, nous verrons
Le Ba.ro.\. — Notre sort se décide peut-être à cette heure; réfléchir, c'est nous perdre.
Robert. — On peut donner l'ordre d'achat?
Le Barox. — Vous hésitez? Les minutes nous coûtent des millions!
Robert. — Maurice, mon frère, je t'en supplie....
Le BaR0>', penche sur lui. Dites ! Dites! (Vernit-res a un geste qu'on peut interpréter pour un assentiment ; à Robert) Au télégraphe î
Robert. — Un coup de téléphone, plutôt.
Le Baron. — Pendant la Bourse, les lignes sont prises. Un télégramme « urgent » arrivera en trente-cinq minutes.