ACTE QUATRIÈME
leur rendra leur argent? D'autres vous insultent, menacent de faire arrêter les administrateurs, de mettre le feu à l'iiôtel. Des femmes qui pleurent, d«;s vieux qui parlent de se suicider comme le père Glarens ou la vieille dame qui s'est asphyxiée avec ses deux filles. Il y a un homme qu'on dirait fou. Il prétend avoir vu le procureur hier et l'attendre ici. Non, je vous assure, nous ne pouvons pas rester là. Tenez, voilà le relevé du compte Fourchot. Vous l'avez demandé. Je vais fumer une cigarette dehors.
CiiAVARD, sùvèremont. — Et votre besogne, monsieur Rando?
Rando. — Je ne suis pas payé pour recevoir les injures d'actionnaires ruinés par nos patrons. Si ces messieurs ne sont pas satisfaits, ils viendront me le dire. Mais, ils ont d'autres chats à fouetter. Ah! ils doivent faire de sales têtes eux aussi.... Je voudrais
l)ien les voir. (Il sori en faisant claquer les porles.) Quelle
boîte !
CiiAVARD, — Les employés.... Ou n'était pas comme cela de mon temps.... J'ai vu disparaître bien des maisons. iNous restions fidèles à notre poste et polis envers les directeurs jusqu'à leur arrestation. (A Vigoureux.) < Jierchez-moi le dossier Fourchot.
Vigoureux, tout on chiirchant le dossier. — Mais qu'est-ce qu'on va faire?
Ghavard. — Les quinze administrateurs sont convoqués pour dix heures. On examinera la situation : elle est claire : plus d'argent et des «toupons à payer! S'ils veulent déposer leur bilan, il est pi'èt.
Vigoureux. — Tous viendront?
Chavari). — A moins qu'ils ne soient occupés à mettre un peu d'ordre dans loui's affaires personnelles.
Vigoureux. — Pourquoi?
Gha-vard, — Hé!... Les responsaJDilités pénales et pécuniaires.
Vigoureux. — Alors, vous croyez vraiment... ces poursuites dont on parle.... On ne leur laisserait pas le temps de chercher une combinaison?
Chavard. — 11 n'y a rien à faire, plus rien. C'est moi qui vous le dis. Vous allez assister aux scènes d'une journée de débâcle. Si ces messieurs sont intelligents, ils s'inquiéteront seulement de tirer leur épingle du jeu. Voilà ce que j'ai essayé de faire comprendre à M. Vernières ce matin. Et j'ai tâché de le remonter un peu. 11 faisait pitié. Je suis réellement inquiet. Je l'ai trouvé si désolé, si accablé I... >lme Vernières qui m'a téléphoné, paraît inquiète aussi. (Plus bas.) Elle n'a pas revu son mari depuis liier.... Pauvre femme!
Vigoureux. — Elle a des enfants?
Chavard. — Deux, oui....
Vigoureux. — Et vous supposeriez que M. Vernières?...
Chavard. — Il m'a effrayé, je vous dis. Le poil tombant, l'œil terne, la lèvre pendante.... Rublin aussi, le directeur de l'Universelle, avait cette figure, le dernier jour où je l'ai vu.
l'n silence. Entre Brianne qui paraît très alTecté.
Brian-\e. — Le baron n'est pas là?
Chavard. — Non, monsieur Brianne.
Brias>e. — M M. Klobb? ni Veurettes? ni les autres? Chavard. — Non plus.
Brianne. — J'arrive le premier? Si j'avais su.... Ah! mon bon Chavard, quelle histoire! (Jetant un coup d'œii, il
voit que les tables sont encombrées.; Je Suis venu en tOUte hâte,
sans prendre le temps de faire mon courrier. Je voudrais bien, en attendant ces messieurs....