‹ Théâtre (volume 2)Chapitre 55 sur 170 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

Vermères. — Nos prêteurs, qui n'ont pas joué, perdent trois cents millions.

Chauvelot. — Je suis dans les affaires depuis plus de quarante ans. Jamais je n'ai entendu raisonner ainsi.

VerniÈRES, tirant une lettre de sa poche. — VoUS ne toucherez à ces papiers qu'après avoir écrit, chacun, une lettre pareille à celle-ci.

Tous, se rapprochant. — Qu'est-ce que c'est?

Le Baron, lisant. — Une lettre au syndic.

Carrier, regardant par-dessus l'épaule du baron. — Vous

mettez cetfe somme à ma disposition ?

Le Baron. — Mais le syndic n'est pas nommé.

Vernières. — 11 peut l'être dans quarante-huit heures.

Chauvelot. — Ceux qui signeront cette lettre reconnaîtront clairement qu'ils ont ordonné les achats.

Carrier. — Ce que vous demandez est idiot. Otezvous de là.

Vernières. — On n'ouvrira pas ce coffre-fort !

Chauvelot. — Ah! les honnêtes gens dans les affaires I

Klobb. — Mais malheureux, si l'on saisissait ces papiers, quel scandale! Il y a des hiilets, des reçus... de journalistes, de députés, d'hommes éminents et respectables. Nous ne pouvons pas les compromettre : ils ont eu confiance en nous. C'est une question de probité. Enfin parmi les membres de la Chambre que j'ai sollicités... plusieurs sont de votre parti.... Les déshonorer, serait déshonorer la Bépublique.

Yernières. — Les gredins n'ont pas départi.

Klobb. — Vous allez nous envoyer tous aux assises !

Tous. — Aux assises!

Chauvelot. — Comme des financiers véreux!

Le Baron. — Voyons, Vernières, votre obstination est puérile. Ils ne veulent pas écrire cette lettre, vous

le voyez bien, ils ne l'écriront pas. Laissez-nous donc détruire ces papiers qu'on peut venir saisir. On y trouverait la preuve d'actes blâmables, sans doute, mais qui furent sages... et que j'ordonnerais encore, dans une semblable occasion. Nous avons répondu à des attaques ou cédé à des sollicitations menaçantes. Si l'on devait arrêter avec nous et juger tous ceux qui ont eu une part dans la catastrophe, boursiers, députés, journalistes, entrepreneurs, savants, banquiers, syndicataires, ce n'est pas au Palais de Justice qu'on pourrait tenir l'audience, c'est dans le hall du Grand Palais! Et seuls, nous payerions pour eux. El moi, moi de Thau, quand tant de financiers, quand d'Urth triomphe, je vendais ma carrière arrêtée, je disparaîtrais misérablement. (Se frappant le front.) Et tous les projets qui sont là, qui doivent changer la face du monde, tous ces projets périraient avec moi ! Non ! Non I Non !

Vermères. — On ne touchera pas à ces papiers.

Tous, ils se précipitent vers Yernières qui reste devant le cofiFre-

fort. On l'invective. — Misérable ! Otez-vous de là ! Vous nous perdez !

Yeueettes. — Que va-t-il arriver?

KlOBB se tenant le ventre. — Oh ! Oh 1

Brianke. — En prison pour cet imbécile 1 Carrier, que d'Angerville retient. — Brute ! Brute! Yelrettes. — Je vous en conjure, ayez pitié de moi ! Chauvelot. — Vernières, au nom du ciel ! Carrier à d'Angerville. — Lâchez-moi! J'aurai les papiers quand je de^Tais l'étrangler de mes mains.

Il échappe à d'Angerville et s'élance sur Vemiùres. Chauvelot, qii était près de la fenêtre, pousse un cri.

Chauvelot. — Ah! Tocs. — Quoi?

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