ACTE CINQUIEME
M^ CoDsiK. — ^ul repioche sérieux ne peut vous être adressé, sauf un, très grave. Les écritures démontrent que la Compagnie a dépensé des sommes considérables, pour racheter ses propres titres. S'il est établi, c'est un délit qui tombe sous le coup de l'article 419.
Le Baron. — Devant un tribunal correctionnel, chacun n'est responsable que de ses propres fautes. Comme les livres ne désignent pas la personne qui a ordonné les achats, on peut supposer que c'est un seul membre du conseil : tenez, l'administrateur-délégué, par exemple.... C'est assez vraisemblable... qu'arriverait-il en ce cas?
M^ Cousin. — Comme cet administrateur étaitM.Vernières, et qu'il est mort, la poursuite devrait être abandonnée....
Chalvelot. — Ah! Ah!
M^ Cousin. — Vous oubliez la déclaration écrite par Vernières et qu'on a trouvée sur son cadavre.
Le B.ron. — Justement. Cette déclaration n'est signée que de lui. Elle l'accuse seul. Il y aura moyen de nous défendre. Le vrai danger pour nous n'est pas là. Il est ailleurs. (Il s'assied.) Il vient d'abord de la campagne annoncée par M. d'Urth dans son journal. (Fiappantsurla
liasse de papiers que Lelierre lui a remis.) J'ai là de quoi l'arrêter. L'autre danger vient de nos actionnaires et de nos obligataires. Ils demandent des poursuites contre nous.
Chauvelot. — Les imbéciles!
Le Baron. — Je vais les réunir et leur faire des offres qui les calmeront, je l'espère. Résumons la situation : 100 millions d'obligations, 200 millions d'actions : tel était notre capital. iN'otre actif est représenté par les travaux entrepris et le matériel acheté.
Il8 LES VENTRES DORÉS.
U^ Cocsi>'. — Le matériel est le gage de vos obligataires.
Le Baron. — Je leur en offrirai 50 millions ; le tiers de ce qu'ils ont versé.
CHAuvELor. — Lne faillite qui donne 55 °lo de dividende, c'est admirable, inespéré.
Le Baron. — J'ai conféré avec Duyssens, représentant d'un syndicat anglo-américain, où je compte beaucoup d'amis et qui me sont dévoués. Ce syndicat serait disposé à reprendre l'affaire avec mon concours, mais il ne dispose que de 60 millions.
M^ CoDsiN. — Combien en faudrait-il pour achever les travaux?
Le Baron. — 70 environ, plus 50 millions à servir à nos obligataires ; au total 100 millions.
M^ Cousin. — Il nous en manque donc 40. Où les trouver?
Le Baron. — Dans la poche de nos actionnaires.
Chauvelot. — Ce serait un coup de maître.
Le Baron. — Vous savez que ces actionnaires se sont réunis hier matin. Ils ont fait entre eux un appel de fonds et peuvent trouver un certain nombre de millions. Ils souhaiteraient reprendre l'affaire — mais je leur démontrerai que ce n'est possible qu'avec nous.
Le domestique entre.
Le dgmestiqde. — M. le baron d'LYth.
Le Baron. — Priez-le d'attendre un instant dans le petit salon.
M^ Cousin. — Vous espérez donc conclure une entente enti'e le syndicat Duyssens et vos actionnait es?
Le Baron. — Oui... Et c'est pour expliquer les avantages de cette combinaison que je compte réunir