SCENE VI
ROGER, ALPHONSINE, MARIE, puis MADAME FOURMER, MADAME ROGER, et LA PETITE JEANNE
Alphonslne, à son père. — Décidément, je ne dois pas rester?
Roger. — Non. Laisse-moi causer seul à seul avec ton mari. Sachons d'abord ce qu'il désire.
Alpho>sine. — Je voudrais tant le voir.
Marie s'est rapprochée d'eiix.
Roger. — Marie?
Marie. — Père?
Roger. — Je t'ai apporté ce matin quelques morceaux de musique. Ils sont là, sur le piano.
Marie. — Compris I... Je suis de trop. Elle remonte. Roger, à Alphonsine. — Je peux lui répéter tout ce que
tu m'as dit? (Elle fait un signe afrirmatif. Plus bas.) Ce monsieur
Gardel....
Alpho>sine. — Ce... monsieur Gardel qu'on m'accuse d'avoir eu... pour... ami, je l'ai vu quelquefois, c'est vrai... je me suis promenée avec lui, mais....
Roger. — Que ne restais-tu tranquille dans ta maison î On ne t'aurait même pas soupçonnée....
Alphonsoe. — C'est Léonce qui m'a présenté ce monsieur, dans un salon.
Roger. — Oui. La toquade de Muller était de te mener dans le monde. L'imbécile I Quand il a quitté sa place de clerc de notaire pour devenir chef du contentieux de cette maison de Paris, je prévoyais bien qu'il te ferait mener là-bas une vie ridicule.... Enfin!
A.eTE PREMIER. i6t
Alphonsine. — Dis-lui bien, n'est-ce pas, que l'individu qui m'a calomniée auprès de lui, m'a fait la cour pendant un an, et que....
Roger, coupant la phrase. — Tu es pFÔte à reprendre la vie conjugale?
Alphonsi>e. — Demain, si Léonce y consent.
Roger. — Tu l'aimes donc encore?
Alim»o:tsike. — Oui... père, je l'aime.
Roger. — Tu me rends bien heureux, mon enfant. Tu ne pouvais me donner une meilleure preuve de la fausseté des accusations de ton mari.
ALPHOi^siNfi. — Lui-même les croit sans fondement. Sa démarche le prouve. Tu nous récancilieras,?
Roger. • — Après les paroles que lu viens de me dire,
je te le promets. (Regardant Marie, en se frottant les mains.)
Allons, tu auras ton mari et ta sœur son fiancé.
Entrent madame Roger, madame Fournicr, et la petite Jeanne.
Mad.vme Fournter. — INous voilà prêtes.
Marie, cpii est redescendue. — Ah! papa, je n'ai plus d'argent.
Roger, ouvrant un tiroir. — Dépensière!... Je t'ai donné cent francs avant-hier.
Marfe — J'avais tant d'emplettes à faire, et j'ai tant de choses encore à acheter! C'est dans trois jours le premier janvier, je veux faire des cadeaux à toutes mes amies.
Roger, souriant. — Je te gâte.., tiens.
Marfe. — Deux cents francs.... Oh! merci, père, merci.
La petite JeaxNne. à Alpbonsine. — Tu ne m'emmèues pas, petite mère?
Alphonslne. — Non, ma chérie. Le temps est trop mauvais. Il neige.
Madame Roger, à son mari. — Si je la prenais avec moi, Denis?
Roger. — Non. Muller voudra la voir. (A Jeanne.) Tu vas rne tenir compagnie.
La petite Jea>\\e. — Alors, je veux bien rester.
R06ER, aux femmes. — AUons, mes enfants, ne vous attardez pas, Muller pourrait arriver.
Marie et Alphonsine l'embrassent, il embrasse sa femme. Marie. — Au revoir, père.
Alpho>sine. — Au revoir, père.
Madame Roger. — Au revoir, père.^ Madame Fourmer. — Au revoir, mon cher monsieur Roger, et n'oubliez pas que je vous attends jeudi, à déjeuner.
Roger. — Je n'aurais garde!
Les femmes sortent.