ACTE PREMIER
Yvonne. — Oh ! papa a un bon estomac, lui.
l,.-s dames et les jeunes filles sont entrées «lans la maison. Cécile
va les suivre. André de Riols qui est dans le jardin l'apl>elle.
André. — Mademoiselle Cécile! Mademoiselle Cécile :
Cécile, sur le perron. — Monsieur André?...
André. — Ne vous envolez pas !
Cécile. — J'ai des invités. Il faut que je m'occupe
({"eux.
André. — Depuis mon arrivée nous n'avons pas
(Changé dix paroles.
Cécile. — Vous avez quelque chose à me dire ? André. — Vous me le demandez !
Céqle. — D'intéressant?
André. — Sans doute,
Céqle, accoudée au perron. — Je VOUS écOUtC.
André. — Oh! descendez... ou déroulez vos cheveux comme la princesse Mélisande.
Cécile. — Non... je ne descendrai pas....
André, lui prenant la main. — Si je VOUS en priais....
Cécile. — Non... non... on m'appelle.
André. — Si je vous suppliais....
Cécile, tout en descendant. — Non... je ne veux pas... je ne veux pas.... Je suis vraiment bien bonne de.... (Elle est près de lui.) Là, êtes-vous content?... Eh bien, maintenant, vite, parlez....
André. — Vous n'avez pas fait votre promenade au parc Chantereine, hier?
Cécile. — Hier? Mais je m'occupais du déjeuner que papa offrait ce matin aux membres de son conseil.
A.NDRÉ. — Oh! si vous aviez voulu vous échapper pour venir jusqu'au Petit-Pré avec votre femme de chambre.
Cécile. — hnpossible! Figurez-vons que les truites que j'avais commandéos n'anivaient pas.... J'étais d'une inquiétude....
André. — Vous ne pensiez pas que j'étais là-bas, vous guettant, comme chaque jour? Cependant vous savez quelle joie me donne cette rencontre quotidienne. Comme mon cœur saute quand je vous aperçois au bout de la grande allée ! Vous mettez sept minutes pour la parcourir, cette allée, pour arriver jusqu'à moi. D'abord vous paraissez n'être qu'une petite fille, comme lorsque vous veniez jouer au cerceau dans le parc ; puis vous grandissez, vous voilà telle que vous étiez quand vous y veniez en promenade avec les élèves du lycée Sévigné ; enfin, à cent mètres, je reconnais Cécile, la vraie Cécile, celle que j'ai lencontrée pour la première fois à cette même place, il y a cinq mois. Vous passez près de moi, vous souriez, je vous salue. El puis je me retourne et je vous suis des yeux, longtemps, jusqu'à ce que mademoiselle Cécile soit redevenue dans le lointain une petite Cécile de cinq ans. Alors, je pars heureux. Jugez de mon impatience, de mon désappointement, de ma tristesse, hier. Vous ne savez pas ce que c'est d'attendre....
Cécile, en plaisantant. — Oh! si fait, puisque je vous dis qu'hier au même moment....
André. — iNe riez pas. Je suis revenu maussade, et même un peu inquiet. J'ai mal dormi. Ce matin, je me suis réveillé tout joyeux à la pensée que j'allais vous voir ici, que nous causerions longuement. Et vous me