ACTE PREMIER
Cécile. — M, Astraud fait de la politique depuis vingt ans?
Madame Astraud. — Mais oui, mademoiselle Cécile. (Avec orgneil ) Avant d'être le premier adjoint de votre père, Astraud a fait partie de la municifalité opportuniste Florent, de la municipalité conservatrice Rigard, de la municipalité radicale Roger. Il a pu changer de parti, les électeurs lui sont demeurés fidèles. Mais, à chaque élection, il perdait une partie de sa clientèle. Alors il a vendu sa maison et ne vit plus que de la politique. Voti-e père fera comme lui.
Cécile. — Oh! non! Quand, à la suite des tripotages que vous savez, le précédent conseil fut dissous, quatorze mois avant l'expiration de son mandat, une délégation de commerçants, d'ouvriers, d'employés, de journalistes, est venue trouver mon père. On lui demandait d'entrer à la mairie pour mettre un peu d'ordre dans les finances de la ville. Père répondit d'abord qu'il ne voulait pas faire de la politique : il n'en avait ni le temps, ni les moyens, ni le goût. On insista auprès de lui : il serait élu sans campagne électorale, il ne passerait que quatorze mois à l'hôtel de ville; on faisait appel à son dévouement pour ses compatriotes, pour la cité. Bref, il céda. Il a beaucoup travaillé à la mairie, car administration, services publics, partout c'était le gâchis. Mais les dix-huit mois sont écoulés et l'œuvre «ju'il avait promis d'accomplir n'est pas encore achevée. Voilà pourquoi il sollicitera dans quelques semaines le renouvellement de son mandat. Il sera réélu, passera quatre ans encore à la mairie, puis, l'administration réorganisée, les finances en bon état, il se retirera de la
vie publique, définitivement. Et j'en serai bien aise, ic le vois si peu maintenant ! Mon père n'est plus ;t moi.
Madame Takdieu. — On prèle à M. le maire rintenlion de se séparer d'un certain nombre de ses conseillers .
Cécile, comme étonnée. — Ail !
Madame Tardieu, incrédule. — Vous ignorez?... Oli!... M. Ferrier n'a pas de secrets pour vous.
Cécile. — Mais si, madame Tardieu, mais si.
Madame Tardieu. — Voyons, sérieusement?...
Cécile. — Je ne sais rien de ses projets, je vous assure, je ne sais rien.
YvoNiNE, qui est entiée avec deux jcujies filles. — Mademoiselle Cécile, j'ai une requête à vous présenter.... Voilà des demoiselles qui voddraient bien danser, là, dans le grand salon. Est-ce permis?
Cécile. — Mais... certainement.
Yvonne, ren^onte et appelle. — Jeanne !... Charlotte !... On va danser. Monsieur Tardieu.... |A André qui est entré.)
Monsieur de Riols.... (A madame Gidon qui remonte.) Vous
aussi ?
Madame Gidox. — Pourquoi pas?
Des jeunes gens, des jeunes filles, venant du jardin, entrent dans la maison.
Madame Astraud. — Où est donc M. Massebœuf, Yvonne?
Yvonne. — Papa préside le banquet des dames du Marché. M. Tardieu l'a prié de l'y remplacer.
Madame Tardieu. — Mon mari a une gastrite. Et comme dans ces repas de corps, on sert presque toujours des macaronis à la vénitienne....