ACTE PREMIER. IfiT
Cécile. — Si... M. Martin et M. Gidon... Regardez....
André, de mauvaise humeur. — Ah!
Cécile. — Entrons... (Écoutant.) Une valse? La voulezvous?
André, joyeux. — Oh!... Alors...
Il sort avec Cécile, Blarlin et Gidon sont entres en discutant.
MARTIN, GIDON
Gidon, solennel et phraseur. — Nous fûmes le premier conseil municipal intelligent et propre qu'il y ait eu dans cette grande ville de Salente depuis dix ans. Nous avons pu arriver au terme de notre mandat sans qu'aucun d'entre nous ait passé aux assises. Alil
Martin. — Mon cher Gidon, nous avons des adversaires, des ennemis, beaucoup d'ennemis!
GiDON, — «Jue nous reprochent-ils? Représentants de la noble cause prolétarienne, nous avons travaillé à l'émancipation intellectuelle et morale de la démocratie....
]\1artin. — Entendu!
Gidon, ton de réunion publique. — Planant au-dessus des contingences, libres en face des individualités, mais serviteurs de l'idée sociale et de la collectivité, nous avons mis tout notre zèle à faire triompher les grandes idées de justice et de fraternité qui sont gravées dans notre cœur et qui étaient développées dans notre programme.
Martin. — Oui... Mais....
108 LA VIE PUBLIQ!:E.
GiDON. — Que ne ferons-nous pas si nous sommes léélus?... (Se frappant le front.) J'ai là des projets!
Marti.n, pour l'arrêter. — Bien! Bien!
GiDo>-. — Tiens, il y a encore près de la mairie une rue Saint-Joseph et une rue Saint-Pierre. Je demanderai qu'on les débaptise pour les appeler rue Marat et rue (iracchus-Babeuf. Ce sera mon premier acte d'administrateur.
Martin. — A condition de retourner à la mairie.
GiDOxN. — Qui osera faire campagne contre nous? Qui?
Marti.n. — Qui? Guébriant d'abord.
GiDON. — Le sénateur?
Martin. — Il craint que le maire ne lui enlève son siège aux piochaines élections sénatoriales. Parions que l'arrestation de Bouvet est la première manœuvre de Guébriant contre nous.
GiDON. — Bouvet sera remis en liberté demain. II n'a pas commis ce monstrueux attentat!... Violer deux petites filles, lui, le secrétaire de notre comité!
Martin. — Oui, Bouvet est innocent. J'en ai la ceritude. Mais on ne le remettra pas en liberté avant les élections. Le procureur est l'homme de Guébriant, auquel il doit son avancement. Remarque que l'arrestation de Bouvet a coïncidé avec l'arrivée de Guébriant à Salente.
GiDON. — 11 est ici? Tu l'as vu?
Martin. — J'ai aperçu hier la belle Claudia Ravaut, sa maîtresse.
GiDOS, indigné. — Et tu crois quc Guébriant!... Il aurait osé... Une pareille machination!... Ça nous coûte