ACTE TROISIEME
tesse de cet esprit t'ofi'enserait. La chaleur de l'amour tombée, ta passion éteinte, peu de jours après ton mariage vous vous réveilleriez étrangers, ennemis.
André. — Nous nous aimons, mon père, et je ne m'alarme pas que Mlle Cécile ne partage pas vos idées, puisque moi, je partage les siennes.
De Riols. — Qu'est-ce que lu dis?
André. — Qu'il est inutile d'entretenir une équivoque entre nous. Si vous m'aviez interrogé, vous sauriez que je n'ai plus vos opinions, ni votre foi.
De Riols. — Depuis que tu fréquentes ici?
Akdré. — Depuis que je raisonne.
De Riols. — Oui, tu es d'une génération qui, au nom delà liberté, s'affranchit de tous ses devoirs et, au nom du progrès, rejette les croyances qui bridaient ses instincts.
André. — Nous avons d'autres croyances que les vôtres et nous nous sommes fait d'autres devoirs. Nous ne marchons pas les yeux fixés sur le passé : notre idéal est devant nous.
De Riols. — Un idéal? Vous autres? Et que souhaitezvous donc?
André. — Le bonheur, un bonheur immédiat et tangible, pour nous et tous les hommes.
De Riols. — Ah! le bonheur universel, le rêve des jeunes bourgeois socialistes 1 Mais le bonheur du peuple se fera à vos dépens, petits sots, qui travaillez à démolir la maison qui vous abrite, vous et vos privilèges.
AiNDRÉ. — Nous le savons et nous ne nous en effrayons pas. Nous ne sommes plus égoïstes.
238 LA VIE rUBLIQUE.
De RioLs. — Oh! Oh!
André. — Enfin nous voulons faire et vivre notre vie sans accepter la contrainte de vos préjugés et de vos traditions. L'avenir n'appartient pas aux morts.
De Riols. — Tu parles comme un conseiller municipal. Mais parbleu! cette petite fille t'a ensorcelé. Il faut ({u'elle ait diablement envie dun titre de marquise. Nous verrons cependant si elle aura la même hâte à t'épouser, quand elle sam^a que je t'ai mis hors de chez moi, que les portes de nos salons se fermeront devant elle, que je te déshérite. Peut-être, alors, comprenant que l'aftaire est un peu moins brillante qu'elle ne l'avait supposé... .
André. — Mon pèrel
De Riols. — Renoncera-t-elle à p^étrer de force dans une famille qui la repousse. Ahl tu oublies ce que tu dois à notre rang, à notre nom!
André. — Je ne l'oublie pas plus que vous l'avez oublié vous-même. Quand on est le marquis de Riols et qu'on a son époque en mépris, on s'enferme chez soi; on vit, on meurt dans son isolement; on ne se mêle pas à la vie publique par des opérations financières ; quand on est catholique, antisémite, on n'accepte pas la viceprésidence d'un conseil présidé par un juif; quand on est royaliste et qu'on combat pour une idée, on ne va pas à la bataille en mettant à son casque un panache d'emprunt. Je trahis mon parti, mes ancêtres, semblezvous dire ; mais vous qui venez ici traiter avec des adversaii'es, qu'est-ce que vous faites donc?
De Riols. — Tu te mets en révolte ouverte contre moi?