ACTE TROISIEME
DE RIOLS, ANDRÉ
De Riols. — Tu es ici malgré ma défense? Et on te reçoit? Et M. Ferrier ménage des entrevues entre sa nile et toi?
André. — Je suis dans cette maison un peu contre la volonté de M. Ferrier. S'il y souffre ma présence, c'est (|ue je dois épouser Mlle Cécile.
De Riols. — Tu oses?
A.NDRÉ. — Mon père, j'ai vainement cherché à causer avec vous, hier. Je voulais vous supplier de revenir sur votre décision. J'ai été pour vous un fds soumis, mais vous m'estimeriez peu de ne pas élever la voix en cette circonstance et de laisser à d'autres que moi le soin de disposer de mon avenir.
De Riols. — Allons! Allons! Tu perds l'esprit ! Rentre chez toi.
André. — Je suis fâché de vous désobéir, mon père. Je ne rentrerai pas si c'est pour avoir avec vous une nouvelle et pénible e.vplication.
De Riols. — 11 ne saurait y avoir d'explication entre nous. Ce sont des ordres que je donne.
André. — Nos sentiments ne se règlent pas sur des ordres. J'aime Bille Cécile.
De Riols. — Tu renonceras donc à elle par raison, sinon par contrainte, puisque jamais je ne prêterai les mains à ce mariage.
A.NDRÉ. — Pourquoi me refuser un consentement dont il n'est pas impossible de se passer?
De Riols. — Te passer de mon consentement?... Tu le peux, en effet... mais je t'en avertis, lu n'auras pas un sou.
André. — Eh ! Je n'ai pas besoin de votre argent.
De Riols. — Tu vivrais donc aux crochets de ta femme?
A>DRÉ, violent. — Mon père!
De Riols, se redressant. — Eh bien? (Pause.) Tu es un peu nerveux ce soir!... !^Iais si j'ai dit un mot qui t'ait blessé, je le retire. D'ailleurs il n'est pas juste. Que donne-t-il en dot à sa fille, M. Ferrier, cent mille francs? Ce qui fait trois mille francs de rentes.... Trois mille francs !
AîNDRÉ. — Je suis inscrit au barreau. Je plaiderai.
De Riols. — Tu n'as pas de clients. Avant qu'on ait pris le chemin de ton cabinet, des années passeront. C'est la vie de l'araignée qui attend les mouches.
AîiDEÉ. — Nous verrons bien. (De Riols hausse les épaules).
Enfin je veux épouser Mlle Cécile.
De Riols. — Tu es fou. Toi qui seras un jour marquis de Riols, tu épouserais la fille de cet industriel? Tu installerais à notre foyer cette petite bourgeoise en bonnet phrygien? Entends-moi bien. Ce n'est pas sa naissance, sa condition que je reproche à Mlle Ferrier. Et tu peux épouser une fille de lioutiquier sans me fâcher. Mais elle, par l'éducation qu'elle a reçue, elle a la haine de ta caste. Elle n'entre ni dans tes sentiments, ni dans tes idées. Elle méprise ce que nous vénérons. Nos traditions, l'attachement à notre religion, la fidélité à nos rois, pour elle autant de mots inconnus, vides de sens. Crois-moi, mon fils, bien vite l'étroi-