SCÈNE VIII ROUX, MATHILDE
lHAimLDE. — Comment! On ne va pas à la campagne?
Roux. — Non. De Saint-Régis vient de me prévenir.
Mme Joffre est malade... Tu visiteras la villa un autre jour. Je ne suis pas pressé de l'acheter. ^
Mathilde. — Je ne verrais pas M. de Saint-Régis?
Roux. — Il reviendra dans trois quarts d'heure. Si tu y tiens, il te mènera chez Mme Hardouin pour te montrer les reliques que son neveu le chanoine a rapportées de Palestine. Profite de l'occasion pour parler avec lui
le notro alTaire de Lyon, cette fourniture de chocolat aux hôpitaux. Il connaît l'économe et son cousin est médecin en chef. Qu'il y prête les mains, l'affaire est faite. J'ai offert à Saint-Régis un joli courtage. Mais il a pris ses grands airs et l'a refusé. C'est fier comme Artaban, et c'est gueux comme un rat. Car, il n'a pas le sou, tu sais.
Mathilûe. — Je le sais. M. de Saint-Régis est pauvre. Ruiné, il s'est fait soldat: n'est-ce pas plus honorable que d'épouser sans l'aimer, une héritière?
Roux. — Tu lui trouves toutes les qualités. Ça ne m'étonne pas. C'est ton « flirt ».
Mathilde. — !^i tu dois employer des mots anglais, prononce-les corectement : on dit « fleurt » .
Roux. — Oh! flirt ou fleurt! en français cela signifie qu'il te fait la cour, n'est-ce pas?
Mathilde. — Eh bien? Après?
Roux. — Après? 11 me semble que j'aurais le droit de m'en formaliser. D'aillem's je ne m'en formalise pas. Flirte ou fleurie... Je sais bien que ce n'est pas sérieux. Mais revenons à la villa... Quel prix en demande-t-on 7 Je ne la paierai pas plus de vingt-cinq mille francs.
Mathilde. — Je crains qu'on n'en demande davantage.
Roux. — Alors... je ne l'achèterai pas... Où prendrais-je l'argent? .
Mathilde. — Nous serons riches un jour ou l'autre. D'abord, ta tante de Nancy...
Roux. — Ma tante n'a que cinquante-cinq ans.
M.ATHILDE. — Et mon père, as-iu causé avec lui? Il devrait l'avantager. Toi seul travailles ici.