ACTE PREMIER
Roux. — Diable! c'est un sujet pas commode à aborder et que je ne tiens pas à mettre trop souvent sur le tapis. D'ailleurs, ton père a l'esprit très droit et c'est un homme juste.
Mathilde. — Si tu crois que ma mère imitera ta réserve! Quant à Laurent, il s'est déjà fait avancer plus de trente mille francs pour payer ses dettes de jeu. Enfin, agis à ta fantaisie Tu es libre de faire du sentiment, mais je n'entends pas être victime de ton donquichottisme. Je tiens à avoir une villa. Toutes mes amies en ont une.
Roux. — Tu n'es pas raisonnable. Je me prive de tout, moi, pour économiser. Je passe mes journées au bureau, et je travaille parfois jusqu'à minuit.
Mathilde. — Si tu travailles tant, fais-toi payer en conséquence.
Roux. — Attends au moins, avant de gaspiller notre argent, que nous soyons riches, que nous l'ayons cet héritage dont tu parles tant.
Mathilde. — Dix ans, alors? Je ne serai plus jeune.
Roux. — Eh! Saprelotte! Je n'irai pas voler sur la grand'route pour te payer des toilettes et des maisons de campagne. J'ai réussi à. mettre de côté une somme assez rondelette... mais tu la jettes par les fenêtres! Et même, sans reproches, si je t'avais écoutée, aux premiers mois de notre mariage, il ne me serait pas possible aujourd'hui de soutenir notre train de maison! Nous serions allés nous promener sur la Corniche, au clair de lune, ^ous aurions fait des voyages en Italie, en Suisse... Des bêtises, quoi, que j'ai eu le bon sens d'éviter.
Matuilde. scellement. — Mais, je n'en fais plus, de bêtises, comme tu dis. Je demande des choses raisonnables. Je veux avoir ce qu'ont toutes les femmes de mon ranff.