‹ ThéâtreChapitre 165 sur 174 · ACTE QUATRIÈME. J · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME. J

FERRIER, CÉCILE, puis ANDRÉ

Cécile, s'approchanl :1e son pùrc. Papa!... (Il ne répoml pas.

Papa !

Ferrier. — Ma pauvre chérie !

Cécile. — La partie n'est pas encore perdue !

Ferrier. — Douze cents voix de minorité !

Cécile. — On ignore les résultats des huit bureaux du quartier Saint-Aignan.

Ferrier, répéiant sa phrase. — Douze cents voix.

Cécile. — A l'instant même, Mme Ravaut me disait que M. Guébriant....

Ferrier. — Comment rattraper douze cents voix dans huit bureaux!... 11 a bien dit douze cents voix 7... Hein?...

Cécile. — Oui, je crois.

Ferrier. — Douze cents voix ! Conserver quelque espoir serait fou!... Je suis battu!... battu!... Il faut en prendre son parti !

Cécile. — Prenons-en notre parti, papa ! Est-ce donc un si grand malheur qui nous arrive ? Tu n'as pas toujours été maire de Salente.... Nous reprendrons notre bonne et simple existence d'autrefois.

Ferrier. — Oui... mais aujourd'hui..,.

Cécile. — Qu'y a-t-il de changé?

Ferrier. — Tu le sais, la faillite de Saléron...

Cécile. — Nous ne sommes pas ruinés.

Ferrier. — Presque!... C'est ta dot, ta dot qu'on m'a volée! Ah ! imbécile, imi)écile que j'ai été!

280 u VIE PUBLIQUE.

Cécile. — Tais-toi. Je ne veux pas que tu parles ainsi. Est-ce que je te fais un reproche? Pouvais-tu soupçonner ce banquier d'être un malhonnête homme? Ferrier. — Après la fuite de Marclou, j'aurais dû courir chez Saiéron et retirer mes fonds. Mais je n'y ai pas songé!... Je ne pensais qu'aux élections. Je marchais droit devant moi, comme un somnambule... Et puis, c'est le réveil... Une chute, une chute ridicule. (AveJ colèrc.);Ah! ...(Sarrêtaat.) Chut, tu n'as pas entendu? « Vive Ferrier ! » (Il prête ioreille.) Non... rien... c'est la défaite... Évidemment . . . Douze cents voix! ... Je croyais bien cependant... (Il marche.) Réélu, je ferais de grandes choses à Salente... On parlerait de moi. J'arriveraisà la Chambre, au Sénat, plus haut peut-être. (Pause.) Si ce Guébriant avait tenu sa promesse?... Mais pourquoi pas?... puisque nous étions d'accord!... Il a de l'influence... il l'aura toute employée pour moi... il sait que je le tiens... que je peux l'envoyer aux assises. Et s'il ma trahi, je serai sans pitié... Et puis, ils ont raison, j'am-ais dû me montrer plus adroit, flatter les électeurs, ménager tous les intérêts, rassasier les appétits, ou plutôt non, il fallait jeter à la porte les imbéciles qui m'ont traîné à la mairie. Je n'avais pas de soucis. Nous vivions heureux tous les deux. Je travaillais. Je t'amassais une dot. Mon ambition et ma sottise m'ont perdu. Je suis un homme fini, et je t'ai ruinée, entends-tu, ruinée.

Cécile. — Papa !

Ferrier. — Oui, si tu ne te maries pas, c'est ma faute, ma faute... je te demande pardon... Cécile.

Cécile. — Yeux-tu bien te taire, papa!... Tu ne penses pas un mol de ce que tu dis... Mais je me

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