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ACTE QUATRIÈME. 2Sl

marierai certainement et tu n'en doutes pas. Penses-tu qu'on ne convoitait que ma dot? Combien d'autres jeunes filles, qui n'étaient pas plus fortunées que moi, ont trouvé un mari! Ne sois pas inquiet de mon avenir. Quant à toi, tu vas te remettre au travail, reprendre la direction de la fdature. Et veux-tu toute ma pensée?... Je serai presque heureuse de ton échec. Mais oui. Je t'aurai davantage à moi, nous serons plus près l'un de l'autre. Tu resteras à la maison. Nous dînerons en tèteà-tête, comme autrefois, et je te lirai les journaux le soir au coin du feu. Comment pourrions-nous être malheureux, tant que nous ne serons pas séparés, tant que nous nous aimerons? Et nous nous aimons toujours, n'est-ce pas, petit père?

Elle l'embrasse.

André, entrant. — Monsieur Ferrier, on apporte les derniers résultats.

Ferrier remonte.

Cécile. — ■ Tu descends?... reste avec moi. Feruieu. — Non j'aurais l'air de me cacher.

Il sort.

Cécile, émoiionnée. — Vous ne savez rien de précis ?

André. — Rien. J'ai vu arriver les présidents des bureaux de vote.

Cécile. — C'est singulier. Mes jambes fléchissent.

André. — Asseyez-vous !

Cécile. — Non... merci... Je voudrais... (Elle remonte comme pour sortir et s'arrête au seuil de la porte.) Je ne peuX

pas...

André. — Attendez ici. Cinq minutes... encore... et nous serons fixés.

Cécile, après une pause. — C'esL notre sort qui se décide en ce moment.

Andué. — Comment l'entendez-vous?

Cécile. — Oh! monsieur André, je ne me fais pas d'illusions. J'essayais, quand vous êtes entré, de rassurer mon père sur mon avenir, mais s'il n'est pas réélu, je sais bien que nous ne devons pas nous revoir.

Ajndré. — Je souhaite de toutes mes forces le succès de M. Ferrier, mais son échec ne saurait vous empêcher de devenir ma femme.

Cécile. — Vous n'ignorez pas que votre père, si le mien n'est pas élu, ne consentira pas à notre mariage.

AiNDRÉ. — Je me suis expliqué avec lui là-dessus.

Cécile. — Oh! vous pouviez vous passer de son consentement, il y a quelques jours; vous ne le pouvez plus aujourd'hui.

André. — Et pourquoi?

Cécile. — Vous aviez décidé, s'il se montrait inflexible, de quitter la maison de M. de Riols à la libéralité de qui vous n'aviez rien à demander, puisque j'avais une dot. Mais la faillite de M. Saléron nous a sinon ruinés, du moins très appauvris. C'est une vie nouvelle, étroite et mesquine, qui commence pour nous. Puis-je vous obliger à la partager? Non ; vous m'aviez donné votre parole. Je vous la rends. Ne dites rien. J'ai besoin de tout mon courage pour vous parler comme je fais. Mais je ne suis pas une enfant romanesque. Je sais que tous les rêves que l'on fait ne deviennent pas des réalités.

André, bas. — Cécile, vous ne m'aimez pas.

Cécile. — Ah ! tenez, monsieur André, ne prolongez

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