ACTE PREMIER
Roux. — Chercher votre mari... Bousquet nous attend à l'usine.
Il sort par la droite. Julienne sort par le fond. Mathilde, pendant ce qui suit, ôte le chapeau qu'elle arait sur la tète et met celui qu'on vient de lui apporter.
Mathilde, à Mme Reynard. — Comment le trouves-tu? Il est joli?
Madame Reynard. — Très joli.
Mathilde. — C'est M. de Saint-Régis et moi qui l'avons choisi.
Madame Rey.nard. — M. de Saint-Régis se connaît même en chapeaux?
Mathilde. — Tu vois.
Madame Reynard. — Alors, tu le consultes sur ta toilette?
Mathilde. — 11 a du goût.
Madame Reynard. — Veux-tu que je te donne un conseil?
Mathilde. — S'il est bon, ce qui m'étonnerait, donnele.
Madame Reynard. — Tu ne devrais pas voir M. de Saint-Régis si souvent.
Mathilde. — Pourquoi, je te prie?
. Madame Reynard. — 11 prend avec toi des familiarités qui feront jaser. ;
Mathilde. — Je me moque du qu'en dira-t-on.
Madame Reynard. — Tu as tort.
Mathilde, la regardant. — Tu t'en moques bien.
Madame Reynard. — Moi, ça n'est pas la même chose.
Mathilde. — Tu vas où tu veux, tu vois qui tu veux, sans t'inquiéter de ce que dit le monde.
Madame Reynard. — Eh !... je n'ai pas vingt-huit ans.
M.vTiiiLDE, d'un ton ambigu. — La boile raison !
Madame REY^AnD. — 11 vaudrait mieux te montrer plus souvent avec ton mari qu'avec M. de Saint-Régis, tu l'avoueras.
Mathilde. — Mon mari n'a pas le temps de s'occuper de moi ; nos caractères ne sympathisent pas. Enfin, il est toute la journée à son bureau.
Madame Reynard. — Mais le soir, il est libre, et tu le fuis. Tu as eu la belle idée de faire chambre à part.
Mathilde. — Tous les gens comme il faut ont deux chambres. N'as-tu pas la tienne?
Madame Reynard. — J'ai cinquante ans, et Reynard soixante. Et puis, tu serais bien attrapée, si je te donnais un frère.
Mathilde, haussant les épaules. — Oh !
Madame Reynard. — Aujourd'hui, parbleu!... Mais autrefois... Non, quand nous avons eu Laurent, nous avons décidé de nous en tenir là, et nous avons fait deux lits! C'est dans votre intérêt, pour que vous soyez plus riches un jour. Mais toi, qui n'as pas encore d'enfant...
Mathilde. — Je ne suis pas folle...
Madaîie Reynard. — Quelle folie y aurait-il?...
Mathilde, nettement. — Enfin, laisse-moi tranquile.
Madame Reynard, froissée. — C'est bon, c'est bon. D'ailleurs, tu es mariée. Je n'ai plus à te surveiller. Ce .soin regarde ton mari.
Lacrent, qui vient d'entrer. — Bon! Yoilà maman qui ronchonne encore.
Madame Reynard. — Et toi, fais-moi le plaisir d'être