SCENE VI ROUX, MATHILDE
Mathilde. — Un moyen? Quel moyen? Il n'y en a pas. Il fallait suivre mes conseils.
Roux. — Quels conseils?
Mathilde. — Je t'avais recommandé d'embobeliner papa, de te faire valoir auprès de lui.
Roux. — Eh! sacré tonnerre... Il n'était pas question de testament encore. Reynard se portait comme le Pont-Neuf. Et enfin comment prévoir que ton père auraitl'étrange idée de favoriser sa femme !
Mathilde. — Vois si elle a perdu son temps, elle. Elle a su l'amener habilement où elle voulait.
Roux, furieux. — Oh ! Elle ne tient pas encore notre héritage. Je me charge de secouer ton père. On ne se moquera pas de moi. J'avais fait de si heaux projets! Avec l'argent laissé par Reynard, celui que j'ai mis de côté, et au besoin une petite commandite, j'aurais racheté la part de Laurent, dans la fabrique, dont je devenais seul propriétaire. J'avais mes coudées franches. J'étais mon maître. Je commençais par ne plus fabriquer nos articles de qualité inférieure qui rapportent peu et nous font courir de gros risques. Ton père est un casse-cou. Il fourre jusqu'à trente pour cent de fécule dans nos chocolats à bas prix. Il nous fera passer en correctionnelle.
Mathilde, se récriant. — Un procès scandaleux! Il ne manquerait plus que cela.
Roux. — J'avais d'autres idées encore, sur des articles à créer, à lancer, mais pour les appliquer il me faudrait de l'argent, au moins la part qui me reviendrait légitimement si Reynard n'avait pas songé à tester.
Mathilde. — Avec un peu plus d'ingéniosité, il y a beau jour que tu te serais fait assurer des avantages particuliers par papa.
Roux. — Ah! Je suis prêt à tout tenter, oui, tout, pour obtenir ce qui m'est dû...
Mathilde. — Quand je pense qu'il suffirait d'une signature de mon père, pour que je puisse enfin humilier toutes mes amies.
Roux qui se promène à grands pas dans le salon, les mains derrière le dos. — Ah ! j'y arriverais rapidement à mon million, si j'étais libre de manœuvrer à ma guise. Et