‹ ThéâtreChapitre 34 sur 174 · ACTE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME

on ne les remue pas à la pelle les millionnaires, à Marseille.

Mathilde. — Quand le serions-nous, millionnaires?

Roux. — En cinq ans, six ans. Je n'aurai pas encore trente-huit ans à cette époque. Quelle situation !

M.\THiLDE. — Etre spolié par un étranger, soit, mais l'être par un membre de sa famille, par sa mère... voilà qui est exaspérant.

Roux, grommelant. — Quel moyen? Quel moyen?

M.vTHiLDE, furieuse. — Et ce qui me blesse le plus, je l'ai dit tantôt à papa, c'est que son testament est un acte de méfiance envers nous. Ma mère a craint que nous ne nous montrions avares pour elle. Et en admettant même que nous ne lui eussions pas donné de l'argent elle savait bien où en trouver, et tant qu'elle en aurait voulu. Je le lui ai dit aussi cela.

Roux qui marchait, sarrète. Il regarde sa femme. Un long silence. Roux s'approche de Mathilde.

Roux, à mi-voix, — Alors ce que l'on raconte est exact?

Mathilde. — Malheureusement.

ifoux. — Tu en es sûre ? '

Mathilde. — Hélas !

Roux, après un nouveau silence. — Je m'étais toujours refusé à le croire.

Mathilde. — Moi-même, je m'y suis refusée longtemps. Il a fallu me rendre à l'évidence.

Roix. — Mais c'est abominable. Et cela dure ?...

M.vthilde. — Oh!... depuis des années.

Roux. — C'est... ce... banquier?

Mathilde. — Ternant, oui.

ToiiE I. 3

Roux. — Un homme qu'on tient pour honoralilc. Tartufe ! Et elle que je ',m"êlais habitué à respecter ! Certes, je ne m'aveuglais pas sur ses défauts, mais du moins, je ne doutais pas de son honnêteté. J'étais convaincu que les bruits qui courent sur son compte venaient de médisants et de jaloux. Et j'apprends au contraire... Ah !

Mathilde. — Je ne t'avais jamais rien dit de cela. Mais ce secret m'étouffait, et j'avais comme un poids sur le cœur. Quand j'étais avec elle dans le monde, il me semblait entendre chuchoter autour de nous... Et le jour où j'ai tout appris 1 Quelle révélation ! Roux. — Comment... as-tu appris?

Mathilde. — Une lettre trouvée, par hasard dans sa chambre.

Roux. — Quand?

Mathilde. — Oh S il y a longtemps.

Roux. — Et ton père, ce malheureux Reynard, si crédule, si bon, quel coup pour lui ! Il a une telle confiance en sa femme ! Il l'aime tant ! Nous voyons bien aujourd'hui ce qu'il était capable de faire pour elle ! C'est affreux.

Mathilde. — Affreux ! Ce sera pour lui un immense chagrm... que je n'aurai pas le cœur de lui faire.

Rocx. — Alors... tu désires que ce soit moi qui... parle?

Mathiloe. — Faut-il... Est-il nécessaire de le prévenir ?

Roux. — Supporterons-nous qu'il soit la fable de la ville? car on sait tout. Il ny a pas un courtier, en Bourse, qui ignore la situation. Et si ce n'était

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