‹ ThéâtreChapitre 35 sur 174 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

que cela! Je parlerais à ta mère, à Ternant, et je leur ferais rompre cette liaison criminelle. Reynard ne saurait jamais rien. Mais il y a autre chose. Une question (le dignité est en jeu. Sais-tu qu'on pourrait accuser ton père, de complaisance... oui... de complaisance.

M.vTHiLDE. — Mon père esi au-dessus d'un tel soupçon .

Roux. — Tu n"empêclieras pas les mauvaises langues de parler. Nos ennemis, nous en avons, ne rateront pas une occasion si belle de nous vilipender. D'ailleurs, si comme on me l'a affirmé, le... la... la chose dure depuis plus de quinze ans, comment admettra-t-on qu'il n'ait jamais rien su, rien deviné? Eh bien, je te le demande, là, franchement, est-il possible de laisser ton père sous le coup dune telle accusation?

Mathilde. — En effet.

Roux. — Lui-même, quand il apprendrait la vérité, et il l'apprendra fatalement, serait en droit de nous reprocher d'avoir laissé planer sur lui ces soupçons odieux. C'est un blâme que je n'encourrai pas.

Mathilde. — Tu as raison.

Roux. — Penses-tu enfin que nous puissions tolérer (jue notre maison soit ainsi déshonorée?... Nous n'avons pas d'enfants, heureusement, mais nous pouvons en avoir, et songe comme leur établissement serait difficile un jour, à cause de cette tache dans notre famille... Enfin, nous qui devrions donner le bon exemple, nous qui connaissons monseigneur, nous ne pouvons pas continuer à être des sujets de scandale...

Mathilde. — J'avais pensé à tout cela... mais seule, que faire? Il m'était impossible de parler à mon père,

d'accuser manière. Tandis que toi, lu es un homme.. -

Et puis, tu n'as pas de ménagements à garder.

Roux. — Non, sans doute... mais...

Mathilde. — Quoi? Tu hésiterais à faire ton devoir'.'

Rocx., — Du tout. Seulement je crains que ma démarche ne soit mal interprétée : ma belle-mère insinuera que c'est par jalousie que j'ai découvert son infamie.

Mathilde. — Qu'importe ce qu'elle dira?

Roux. — Je n'entends pas que Reynard se méprenne sur mes intentions. Si l'on trouvait quelqu'un... qui consentît... à prendre la responsabilité de... quelqu'un dont ce sei-ait aussi le devoir... de prévenir ton père.

Mathilde, après im silence. — Eh bien... Laurent.

Roux faiblement. — Oh! non... non... pas Laurent.

Mathilde. — Mieux que personne il pourrait se charger de ce soin.

Roux, après une hésitation feinte. — En effet. . . dès qu'il

rentrera je lui ferai connaître la situation. Justement il parlait tout à l'heure de séparation... On aurait dit qu'il avait comme un pressentiment.

Mathilde. — Oh ! il sait ce qui se passe, va.

Roux, même jeu que plus haut. — Ah! tU Crois... AlorS,

il pensait déjà peut-être à avertir ton père... J'aime mieux que ce soit lui qui ait eu cette idée le premier.

(On entend marcher.) C'est lui.

Mathilde, qui a remonté. — C'est mon père.

f^oux — Va dans ta chambre; si j'ai besoin de loi, je t'appellerai.

ilathikle sort, deuxième plan à droite. Roux redescend, s'assied près de la table, prend un journal et le parcourt.

Page 1