‹ ThéâtreChapitre 54 sur 174 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Houx. — Moi aussi, je viens d'avoir une discussion avec ta mère. J'ai été un peu vif peut-être et je venais justement pour tâcher de reprendre notre conversation.

Mathilde, haussani les épaules. — Tu crains de l'avoir froissée ?

Roux. — Je ne tiens pas à nie fâcher avec elle, et maintenant moins que jamais.

M.^THiLDE. — Pourquoi?

Roux. — Eh!... pourquoi... pourquoi.... Ce n"est pas jjai de dire à ton père ce que....

Mathilde. — Puisqu'il est impossible de faire autrement.

Roux. — On pourrait peut-èlre trouver une combinaison grâce à laquelle une aussi pénible corvée me serait épargnée. Ça me fend le cœur de porter un coup pareil à cet homme.

M.\THiLDE. — Tu as reconnu qu'il fallait le prévenir.

Roux. — Eh oui!... Cela me paraissait tout simple... à distance... mais aujourd'hui... Enfin, je me demande .si! nous appartient bien d'aller désunir nos parents, de faire chasser ta mère de cette maison. Sans compter ([ue dans l'état où il se trouve, la nouvelle que j'ai à annoncer à Reynard peut lui être fatale.

Mathilde. — Pourquoi n'as-tu pas songé à tout cela plus tôt? Enfin, je n'ai pas de conseils à te donner. Agis à ta guise. Je trouve seulement tes scrupules un peu tardifs. Ta n"as pas tenu grand compte des miens, et il m'a fallu, sur ton ordre, prendre les lettres. Mais c'était inoi que tu mettais en avant. Au moment de payer de la personne, tu hésites.

76 l/ARGENT.

Roux. — Tu déraisonnes. Ces lettres nous étaient indispensables.

Mathilde. — Pourquoi? Si nous n'en faisons pas usage.

Houx. — Écoute. J'ai cherché un moyen qui, tout eu sauvegardant nos intérêts, me permît de ne rien dire à Reynard.

Mathilde. — Tu l'as trouvé, ce moyen?

Roux. — Je le crois. Je vais prévenir ta mère que je sais tout.

Mathilde. — Ah! ça... c'est malin.

RoDx: — Eh! oui.... i\e comprends-tu pas que, grâce à ces lettres, je suis en mesure de dicter mes volontés? J'aurais préféré sans doute que de bonne grâce elle mît à ma disposition une partie de sa fortune. J'aurais même accepté une sorte de commandite. Elle me la refuse. Alors, je vais la mettre en demeure de faire refaire le testament de son mari.

Mathilde. — Elle te fera les plus belles promesses. Elle gagnera du temps. Mon père disparaîtra et nous serons volés. Et si papa refuse de modilier son testament? Et Laurent d'ailleurs?

Roux. — Laurent ne saura rien. Je lui ai déjà fait comprendre que je ne voulais pas de bruit. Si je lui dis que je me refuse à prévenir son père, ce n'est pas lui fjui ira l'avertir.

Mathilde. — Tu as des malices cousues de fil blanc... Et puis, tout cela est trop aléatoire pour nous. Le divorce prononcé, nous serions les maîtres ici. Mon père nous ferait des avances si nous en avions besoin, et n^yus en avons besoin.

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