‹ ThéâtreChapitre 76 sur 174 · ASTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ASTE QUATRIEME

Madame Rey.-nard. — Alil ne me jette pas mes fautes à la tête. Attends l'issue du procès. Alors on verra de quel côté furent les torts.

Rey:«.\rd. — Tu as l'aplomb de me dire en face...

Madame Heynard. — Tiens ! Je vais me gt'ner ! Que j'aie des reproches à me faire, hélas! je le reconnais.

Beynard, entre les dents. — C'est heureux.

Madame Rey.nard. — Mais n'en as-tu pas à l'adresser aussi? J'ai commis une faute, et je la regrette. Si tu t'imagines que ce fut par passion, tu te trompes. Cette faute, tu en es indirectement responsable d'ailleurs. (Mouvement de Reynard.) Si... si... H y a des démarches trop compromettantes pour une femme. Tu aurais dû aller toi-même chez... ce banquier. Et, qiandje l'ai vu si empressé, m'accueillant avec un plaisir diaque jour plus visible, je t'ai prévenu.

Reysard. — Tu m'as prévenu?

Madame Rey.nard. — Oh! je ne t'ai pas avoué la chose... crûment... C'est clair. Mais je t'ai donné à entendre la vérité, et tu l'as comprise. Ne dis pas non, nous sommes seuls. Dis, si tu veux, que ses amabilités t'ont paru un badinage sans conséquence... c'est ta seule excuse. Mais, tu voyais que j'avais de l'influeDce sur cet homme qu'il m'accordait tout ce que je sollicitais de lui... Eh bien, au risque de perdre ton crédit, il fallait me dispenser de ces visites. Tu ne l'as pas fait. Voilà ton tort. Le mien a été de continuer à aller chez cet homme, et à lui demander des services, dont il a voulu êU'e payé un jour... Mais quoi 1 ne plus retourner chez lui, c'étaient nos billets protestes, la ruine, la faillite peut-être. Déjà nous avions une situation, il

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aurait fallu redevenir de petits boutiquiers, gagner péniblement notre pain... j'ai été lâche, j'ai cédé... Voilà.

Reynard. — Et ça te paraît tout simple?

Madame Rey.nard. — Non. Je ne cherche pas à diminuer ma faute. Je la vois tout entière. Et je m'en suis assez repentie, va. Si, le premier vertige passé, c'avait été à refaire.. Seigneur! Et puis, cette... ces relations n'ont pas duré longtemps.

■ Reynard. — Et tes lettres?

Madame Reynard. — Elles sont vieilles de dix ans.

Reynard. — Tu continuais à le voir.

Madame Reynard. — Pour les affaires de la maison. Il n'y avait plus rien entre nous. Je te le jure. Mais il nous envoyait des clients.

Reïnard. — Miguel, que tu fais marcher contre nous aujourd'hui. Enfin, où veux-tu en venir avec cette plainte?

Madame Reynard, après un silence. — A ceci : t'erapêcher de faire une bêtise.

Reynard. — Quelle bêtise?

Madame Reynard, après un nouveau silence. — Eh!... le divorce.

Reynard. — Ah!... nous y voilà... On croit me tenir par la peur de la correctionnelle. On retirera la plainte si je renonce à ma demande en divorce.

Madame Reynard — Et ne serait-ce pas le plus sensé? Divorcer à notre âge ? Estimes-tu qu'il soit habile de déballer devant toute une ville nos griefs réciproques?

Reynard. — Des griefs contre moi... Lesquels?

Madame Reynard. — Dame ! Il faudra bien expliquer

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