‹ ThéâtreChapitre 92 sur 174 · LES ENFANTS · texte numérisé non relu

LES ENFANTS

Vivat Noël ! Vivat !

Vivat Noël ! Alléluia !

PIEIIUE.

Père Noël, pour nous, as-tu de beaux présents?

LE l'ÈRE JEAN.

Regardez, ma hotte en est pleine.

En parcourant la montagne, la plaine,

Dis, lointain voyageur, as-tu vu nos parents?

CLAHA.

Oui, bon Noël, je te prie avec eux; Ce que sont devenus nos parents malheureux, Qu'ils le sachent enfin. Dite par toi, j'espère,

La vérité leur sera moins amère.

I,E PÈRE JEAN

Si tu le veux, Clara, je parlerai.

Où sont-ils? Le sais-tu?

LE PÈRE JEAN

Je le sais.

PIERRE

C'est bien vria, Noël? tu les as vos?

LE l'ÈRE JKAN.

Tous les deux côte à côte, Cette nuit même, en emplissant ma hotte.

PIERRE

Quand les reverrons-nous ?

LE PÈRE JEAN

Pauvres petits! Jamais.

PIERRE

Pourquoi, Noël?

Lt PLUE JEAN.

Dans l'éternelle paix, Ils dorment. Ils sont morts à la terre. Mais ils vivent au ciel.

CLARA

Ohî mon père et ma mère.

PIERRE

Mais, comment sont-ils morts?

LE FÊRE JEAN.

Les ennemis les ont passés par les armes. Et dans le fleuve ils ont jeté leurs corps.

Petits, ne versez pas de larmes.

Car vos parents vous parlent par ma voix : Vous avez à remplir une tâche tous trois.

Il prend dans sa hotte Hn fusil.

Pierre, à toi ce fusil I

PIERRE, à Clara.

Un vrai fusil, ina chère!

CLARA

PIERRE

Ne crains rien.

LE PÈRE JEAN

Prends garde.

Mais écoute bien, Pierre, Ce que ton père a dit : « Que mon fils se souvienne

Du sang innocent répandu,

Où s'abreuva, comme une hyène.

Le soldat, du Nord descendu.

Qu'il songe aux femmes insultées,

Aux enfants morts, à nos maisons

Qui par le feu sont dévastées,

Noires sur les blancs horizons.

Qu'il punisse, plus tard, ces affronts et ces crimes, Et qu'il combatte, un jour, pour venger les victimes. »

A ton tour, Emma, viens ici.

EMMA

Que me donneras-tu?

LE PÈRE JEAN

Je t'apporte ceci :

Tu le vois, ce sont des poupées.

Leurs robes sont un peu fripées.

Et tout emmêlés leurs cheveux de lin.

Le voyage fut long. Ce n'est pas sans chagrin Que je m'en sépare, mignonne.

Prends-les, pourtant, je le les donne.

Autant qu'une autre enfant avant toi les aima,

Airaes-les tendrement, Emma, l'ilcs t'enseigneront ton doux métier d'épouse :

Le dévouement, l'amour, Le charme des berceaux, et te feront jalouse

D'être mère à ton tour.

Elles demanderont des frères, ces poupées,

Vivants, forts et joyeux, Maniant, tour à tour, les faux et les épées.

Comme ont fait leurs aïeux.

Voici pour toi, petit Louis, approche.

Reçois celte truelle et reçois cette pioche.

Creuse le sol, travaille

Et jette la semaille Dans la glèbe rendue aux travaux de la paix.

Prends ta truelle, ensuite, et fais Comme le bon maçon, ton œuvre.

Sois l'architecte et le manœuvre, Sifflant une allègre chanson.

Et, seul, rebâtis ta maison.

Ainsi par vous, enfants, votre chère Patrie Qui, chancelant déjà, accablée et meurtrie,

Voyait venir la mort avec effroi, Se lèvera comme Lazare Quand le Seigneur, debout près de la tombe avare.

Cria trois fois : « Lazare, lève-loi! »

LES TROIS E>FANTS.

La leçon que tu nous as donnée, Chaque jour, ô Noël ! nous sera rappelée Par le fusil, la pioche et la poupée.

La barque s'éloigne.

LE PÈRE JEAN

Soyez une famille unie ;

Aimez -vous, aimez votre sœur.

Et, dans une étroite harmonie,

Groupez-vous, n'ayez qu'un seul cœur.

Protège-les, toi, la plus grande; ^

Chérissez-la, vous, les petits.

Votre union sera l'offrande

Qu'on suspend comme une guirlande.

Aux seuils par le Seigneur bénis.

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