‹ ThéâtreChapitre 122 sur 148 · Scène première · texte numérisé non relu

Scène première

PIA, étendue sur les coussins, s'agite, gémit, pleure à travers son sommeil. SANDRA, une robuste campagnarde, veilleàses côtés. UNE SERVANTE.

Sandra, à la servante. — Même en dormant, elle pleure! Même en dormant, elle souffre... Elle ne souffrira pas long-temps ! Aux g-ens qui n'y sont pas nés, comme loi, mon enfant, et qui y viennent, déjà malades, ce pays de misère est mortel, et l'homme impitoyable qui l'y a amenée le savait bien... Ma pauvre maîtresse ! Si bonne, si éprouvée ! Oui me l'eût dit que j'aurais un jour à fermer ses yeu.'ç i Pourquoi Dieu permet-il cela? Pourquoi n'estce pas moi que tue la malaria, moi qui n"ai plus personne au monde !

PiA, réveillée à demi- — Non ! non ! Je ne veux pas !

Sandua, à la servante. — Elle s'éveille, va-t'en ! Laissenous !

(La servante se retire.)

PiA, dans un cri. — Rends-la moi ! Tu n'as aucun droit sur elle ! Elle n'est pas ta fille !

(Elle s'est dressée.)

Sandra, lui prend les mains. — Réveillez-vous, maîtresse!

PiA, suffoquant. — Tant qu'il me restera un souffle !...

Sandra. — Maîtresse ! Chère Maîtresse !

PiA. — Oui me parle ?

Sandra. — Moi, votre fidèle Sandra.

PiA. — Ouelle horreur !

Sandra, maternelle, en lai essuyant le front. — Un mauvais rêve !

PiA, qui a ouvert les yeux. — Moins cruel que la réalité ! Sandra, donne-moi ma cape de voyag-e !

Sandra. — Quoi ?

PiA. — Et aide-moi à me lever !

Sandra. — Song-ez-vous ?..

PiA. — Non, je me lèverai .seule... Va commander la litière !

Sandra. — Fia !

Fia. — Vite ! Il faut que nous soyons à Florence avant la nuit ! (Ce disant, elle essaie de se lever ) Attends ! La tête me tourne... J'étouffe... de l'air ! donne-moi de l'air ! Ouvre tout grand !

Sandra, avec des larmes. — Hélas !

PiA. — Non, n'ouvre pas ! C'est cet air-là qui m'étouffe et m'achève ! Flus ardemment je respire, plus vite je meurs... (Elle tombe sur les coussins en pleurant.) Infortunée! Et quand je vais être morte, qui protègeraTorpheline? (Les mains jointes.) 0 toi qu m"as tant aimée, qui m'aimais tant en elle, toi dont l'âme vibrait comme une lyre à tous les souffles de la douleur, pour ne pas sentir ma détresse, et que ta fille est en péril, et que toi seul peux la défendre, pour ne pas m'entendre au bord de la tombe où je t'appelle, il faut que tu sois déjà parmi les morts... (Montrant la tapisserie.) dans ces ténèl)res où seul ton maître est descendu... (Elle s'interrompt, saisie.) Sandra! Regarde ! (Aufond du jardin, sous les portiques de verdure, une ombre vient de paraître, très peu distincte d"abord daus le brouillard, qui approche, perce la brume et se précise;) Cette ombre ! Il est mort, en effet ! C'est son spectre! (Glacée, elle va au-devant de lui, laissant à peine à Sandra le temps de la soutenir.) A ois ! Il approche !

Sandra, épouvantée. — Sainte Madone !

PiA. — Il vient me demander ce que j'ai fait de son enfant !

(Elle est tombée à genoux, soutenue jiar Sandra.)

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