Scène IV
Les mêmes, BERNARDINO parait, tout en noir. (Casella et Forèse vont à lui et lui prennent les mains.)
Plv, bas. — Tous les deuils à la fois !
Casella. — Tu comprends que nous soyons partis sans rendre les derniers devoirs à ta sœur ?
Bernardino. — Elle n'a pas eu les funérailles rêvées ! Il y manquait Malatesta, qui ne s'y est pas risqué, le lâche, et que je m'étais juré d'étrang-ler sur sa tombe... Je le rejoindrai dès que Gemma sera reprise à Nello !
Pl\. — Tu ne la lui reprendras pas !
Bernardino, surpris. — Pourquoi ?
Dante. — Ils ont perdu sa trace !
Bernardino. — Parce qu'ils la cherchaient à Volterra!
Casella, Fia, Dante. — Eh bien ?
Bernardino. — Elle est dans le faubourg-, à la porte Florentine, au couvent de Sainte-Claire.
Dante. — Au couvent !
Casella et Forèse, a Pia. — Vous entendez ?
300 THEATRE D'EMILE MORKAU
PiA. — Tu le sais ? Comment le sais-lu ?
Bernardi.xo. — Par l'intendant de Nello, chez qui j'ai couru en sortant du cimetière, et qui me l'a avoué, le stylet sur la §"org-e !
Casella. — Il n'a pas menti ! L'abbesse est parente de Nello !
Fia. — Par malheur !
Daxte. — L'enfermer dans un couvent, c'était nous la prendre à tous !
PiA. — Et l'y murer toute vive !
Bernardino. — Nous l'en aurons tirée avant une heure!
PiA. — Ah ! Oui ! Hâtez-vous ! tant qu'elle ne sera pas entre vos mains, tout est à redouter ! L'abbesse, d'accord avec Nello ! ... L'ombre d'un couvent permet tous les crimes !... Ma fille ! Ma Gemma, ensevelie vivante ! (S'affolant à cette idée, et parlant tour à tour àBernardino et à Dante.) Empêchez cela, si je vous suis chère ! Arrache-lui ta fiancée ! Arrache-lui ta fille !
FoRÈSE. — Ta fille ?
Ber>\vrdino. — Gemma ?
PiA. — Eh ! bien, oui, puisque la chose est dite! Dieu me g-arde de la désavouer ! A cet infâme Nello, rien ne me lie, sinon l'anneau d'esclavas^e, que, par force, il m'a passéau doigt... L'homme qui est mon é[)oux devant Dieu, le voilà, c'est Dante ! Gemma, ma fille, est sa fille, et ainsi qu'à vous, je voudrais le crier au monde entier !
Berxardino prenant la main de Dante. — Il me manquait cette raison pour l'aimer !
PiA. — Vous la sauverez ?
Dante, — • Nous la sauverons !
Berxardlxo. — Je vous le jure !
Fia. — Vite ! Allez !
Berxardixo. — Avant la nuit, nous vous la ramènerons.
Fia. — Non ! Ce serait risquer de nous perdre tous ! Quittez l'Italie, elle et toi... (Ceci à Bernardino.) Emmène la chez le frèi-e de ton père...
Ber>'ardixo. — En France ? et vous ?
PiA. — Dante et Casella viendront me chercher, et avec eux, j'irai vous rejoindre, et ce sera le ciel sur la terre! Allez !... (A Dante et à Casella.) Et revenez vite!... Nous allons, Sandra et moi, compter les minutes... Déjà presque guérie, vous voyez, (Appuyée sur Sandra, elle s'est levée.) je léserai tout à fait quand je la saurai sauvée (Bas.) Ta main ! (Elle y met un baiser.) Dante. — A bientôt ! PiA. — A bientôt !
(Tous s'élancent au dehors, Dante le dernier. Avec l'aide de Sandra, elle est venue jusqu'au seuil, accompagne leur départ d'un geste pareil à un baiser et d'un sourire.)