‹ ThéâtreChapitre 128 sur 148 · Scène première · texte numérisé non relu

Scène première

Il fait nuit au dehors; un triangle de cierges éclaire L AB - BESSE, assise dans sa cathèdre et LES NONNES qui, tournées vers l'autel, réciteal l'office. GEMMA est parmi les nonnes, un peu à l'écart, douloureuse, absorbée.

Les Non>."ES, à mi-voix '■

Qui perg-is inter lilia,

Sponsus choreis Virginum...

Gemma, à elle-même. — Ah! Seigneur! est-il juste que sa fiancée lui manque à l'heure où il a tant de chagrin? Les Nonnes :

Sponsus decorus gloria,

Sponsisque reddens prœmia...

(Pendant qu'elles continuent, marmottantes, la porte de droite s'entr'ouvre ; Ostasio paraît, qui se signe, s'agenouille un instant, puis vient à l'abbesse, qui prie, les yeux clos.)

Ostasio, bas. — Madonna...

L'Abbesse, de même. — Que me veut-on?... Toi, Ostasio.

Ostasio. — Pardonnez-moi d'interrompre vos prières. Je suis envoyé par le seigneur Nello, votre illustre parent, que la fièvre retient à Volterra, d'abord pour vous saluer et vous renouveler ses remerciements...

L'Abbesse. — Nello ne m'en doit pas.

Ostasio. — Puis pour vous demander comment se comporte votre nouvelle recrue.

L'Abbesse. — Tu vois, elle se tait.

Ostasio. — H y a donc progrès depuis ce matin ?

L'Abbesse. — Elle ne se résig-ne pas pour cela.

Ostasio. — Qu'elle se résig-ne ou non, le seigneur Nello tient à ce qu'elle prononce ses vœux. Il ne lui fait grâce qu'à cette condition.

L'Abbesse. — Elle les prononcera.

Ostasio. — Et le plus tôt sera le mieux.

L'Abbesse. — Certes... Et la coupable Pia?

Ostasio. — ... N'est pas morte encore, que je sache, mais le médecin qui l'a vue à midi, nous déclarait tout à l'heure qu'elle n'avait pas une journée à vivre. Et c'est à ce propos aussi que le seigneur Nello m'envoie. Il tient à co que la ^«n^e de Gemma qui va s'en aller, privée d'absolution, ne soit pas privée des prières de sa. nièce.

L'Abbesse. — Nello a les scrupules d'un chrétien. Promets-lui satisfaction.

OsTASio. — Il espère que, demain, la fièvre qui Ta pris l'aura quittée, et qu'il pourra venir vous annoncer, à vous, que Pia est morte, àGemma que Pia était sa mère.

L'abbesse. — Dites-lui que j'aurai plaisir à le voir guéri.

OsTASio. — Dieu soit avec vous !

L'Abbesse. — A jamais !

(Oritasio sort par où il est venu.)

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