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Scène V

Sous la voûte de droite parait DANTE, qui soutient GEMMA, à demi évanouie

Gemma. — Je n'y vois plus...

Dante. — Laissez-vous conduire, et ne craig-nez rien ! Vous êtes dans les mains d'un ami.

Gemma, faiblement. — Je sais !

Bernardixo, qui les suit, lépéc à la main. — Emmenez la pendant que j'en finis avec ces chenapans!

Dante. — Oui.

(Bernardiiio s'élance dans le cloitre en criant :)

Bernardino. — Tiens bon ! Casella ! Me voici !

(Dante, qui porte Gemma plus qu'il ne la conduit, vient à la porte de droite.)

Dante. — Fermée ! (avisant la gauche.) Par là? (A ce mo-

ment, on entend de ce côté des voix avinées et des chocs d'armes.) Trop tard ! (D'un bond, il s'élance, toujours portant Gemma, vers l'autel, dont il ouvre, puis referme sur lui la balustrade.il se glisse derrière le rideau de gauche qui est tout à fait retombé, et dit, tout bas, à Gemma :) Reste à g'enoux ! Et prie !

(Appuyé à la colonne il la couvre de son corps. Le groupe de Brabançons entendu sous la voûte entre dans la chapelle.)

Otto. — Quelle nuit! Ce n'est pas une chapelle, c'est une cave !

Conrad. — Où va-t-on ?

Otto. — Dans le cloître!

(Lippo, qui accourt par la voûte de droite, les arrête.)

LiPPO, essoufflé. — N'allez pas là ! l'homme et la femme se sont enfuis de ce côté.

Otto. — Ici ?

Lippo. — Oui.

Otto, montrant la gauche. — Pas par là, toujours; nous en venons !

Lippo, montrant la porte. — Alors par cette porte !

Conrad. — Voyons !

(Trois des Brabançons venus à la porte la secouent.)

Lippo. — Ils l'ont fermée derrière eux.

Otto, de loin. — Faites sauter la serrure ! (Pendant qu'ils s'y emploient, passant leur dague à travers la fente, il ajoute :) Pour moi, ils sont restés dans la chapelle.

Conrad. — Où cela ?

Otto. — Est-ce que je sais ? (A grands coups d'épée, il fouille la cathèdre et les sièges.) Sous les bancs, là... Dans la chaire ! (Conrad fouille de même la chaire, à coups de pointe, le dessous d'abord, puis l'intérieur.) Ici! (Il vient à l'autel, mais arrêté par la balustrade, il allonge le bras, perce à trois reprises le rideau.) Aïe donc!

Lippo. — Qu'est-ce que tu fais? Tu lardes l'autel? S'ils étaient là, ils auraient crié !

Otto, vivement. — Alerte !

C'est Bernardino, qui traverse le cloître avec Forèse et Bellacqua.

Lippo. — Sauve qui peut !

(Tous (Jetaient par la porte de droite qu'ils viennent de forcer.

Dante a écarté le rideau; sous la lumière des veilleuses il apparaît, tète nue. très pâle, devant l'autel. Gomma est toujours à genoux derrière lui. 11 se raidit, cramponné à la colonne, se penche vers elle, et, raffermissant sa voix :)

Dante. — Tout va bien ! Lève-toi ! Ils sont partis !

Il la relève. Bernardino est accouru avec ses amis. Il l'appelle à mi-voix.

Dante. — Ici ! (Bernardino ouvre la balustrade. Dante, sortant de dessous la lueur des veilleuses, pousse Gemma dans ses bras en montrant la gauche.) De ce côté! Fuvez ! Vite! Je vous rejoindrai... là-bas!

BERNARDINO l'entraîne en murmurant: — Ma Gemma!

Forèse et Bellacqua le suivent. Dès qu'ils sont hors de vue, Dante, épuisé par l'etïort qu'il vient de faire, descend les marches lentement, chancelant, et, s'appuyant à la balustrade, tàtant tour à tour son bras blessé, son liane ouvert et son cou saignant. Le pied lui manque, il tombe à terre sur un genou et ramasse le voile de Gemma détaché dans sa fuite, dont il se sert pour étancher le sang qui coule de sa gorge. Par la grille, Gasella accourt.

Gasella. — Bon voyage ! Goquins! Et bonsoir à votre digne maître !... Ah ça! où est Dante, maintenant? (Un gémissementlui répond.) Hein? (S'approchant )Toi ! Blessé! Au cou ! au flanc ! Miséricorde ! (.Appelant.) Forèse !

Dante. — Non ! Tai.s-toi ! N'appelle pas ! Elle est sauvée !... II suffit.

(La voix lui manque. Il s'évanouit.)

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