‹ ThéâtreChapitre 19 sur 148 · Scène X · texte numérisé non relu

Scène X

Les mêmes, FOUCHÉ

Lefebvre. — ^ Mon cher duc !

FoucHÉ. — Mon cher maréchal ! Duchesse!

Catherine, montrant sa toilette — Vous m'excusez?

FoucHÉ, galamment. — C'est moi qui m'excuse de venir à l'improviste... Tiens! monsieur de Neipperg? Je vous croyais parti ?

Catherine. — Vous savez ?

FoucHÉ. — Oh ! tout, par habitude.

Neipperg, inquiet. — Tout ?

FoucHÉ. — Mais je n'en dis rien !... Ce qui me disting-ue de mon successeur, qui ne sait rien, et qui dit tout.

Neipperg. — Allons, adieu, mes chers et bons amis... (A Catherine.) Vous permettez ?

Catherine, lui tendant ses joues. — Ah! J' crois bien ! Neipperg l'embrasse.

Lefebvre, ému, lui serrant la main. — Non, pas adieu, mais au revoir.

Neipperg. — Ah! qui sait où et quand nous nous reverrons ! (Saluant Fouché.) Monsieur le duc.

FouCHÉ. — Bon voyag-e, monsieur le comte... (A luimême.) et prompt retour!

Catherine, essuyant ses yeux. — Pauv' Neipperg! qui nous aimait tant! Il n' reviendra pas!

FouGHÉ, gaiement. — Bah! qui sait?... Tout arrive, depuis 89! Témoins nous-mêmes. Je ne vous revois jamais, madame la maréchale, sans me rappeler votre prédiction: « Vous serez ministre, quand je serai duchesse ! » Vous êtes duchesse, et je ne suis plus ministre, mais je le redeviendrai ! (A part.) Je ne suis même ici que pour cela.

Lefebvre, revenu à Catherine. — Allons, madame, l'heure presse! Vite donc, cette toilette!

FoucHÉ. — Et je vous annonce Leurs Altesses Impériales !

Lefebvre. — Vous entendez?

Catherine. — Ah! celles-là!... J'ai ben 1' cœur à leur faire risette !

Lefebvue. — Je vous en prie, ma chère, hâtez-vous ! (Il la conduit à sa porte.)

Gatherink. — Ah! En v'ià encore un' chienn' de corvée!

Elle sort. Lefebvre reprend ses gants et commence à les mettre, Jasmin est sorti.

Sècne XI FOUCHÉ, LEFEBVRE

FouCHÉ. — • Le mot est brutal, mais il est juste. Et, si j'ai devancé l'heure, c'est pour aviser de certain petit complot...

Lefebvre. — Contre ?

FoucHÉ. — La duchesse ! Les sœurs de Sa Majesté l'ont prise en grippe et ont juré de lui faire payer cette épig-ramme...

Lefebvre. — Les chemises ?

FoucHÉ. — Oui. Elles ne viennent, ce soir, que dans le but de la harceler de railleries, la pousser à bout et lui arracher quelque boutade qui, faisant scandale, hâte son départ de la cour. Que la maréchale se méfie surtout de certaine anecdote que l'on se propose de lui faire conter, ce frotteur, qui lui avait volé un diamant, et qu'elle a fait fouiller, dans le costume du Gladiateur.

Lefebvre. — Mei'ci. J'y veillerai. Mais, croyez-vous que, chez moi, devant moi, elles osent ?...

FoucHÉ, assis devant le guéridon. — Elles oseront tout, sûres de ne pas être désavouées par l'empereur qui ne vise que votre divorce...

Lefebvre, assfs de même à gauche de Fouché. — Dont il m'a assez entretenu.

Fouché. — Ce soir, à sa table. Que voulez-vous, mon cher Lefebvre, c'est la manie du g-r'and homme de marier et démarier les g"ens sans leur aveu. N'a-t-il pas, dans sa propre famille, cassé, par décret, le mariag-e de Jérôme et de miss Paterson, et tout mis en œuvre pour faire divorcer Lucien ? Uni, de force, Pauline et Leclerc, Hortense et Louis, marié Berthier, Davoust, Lavalette, à leur corps défendant, et tenté d'en faire autant à Caulaincourt, Cambacérès et Duroc, contraint Rapp et Lannes à répudier leurs femmes, Talleyrand à épouser cette bécasse de jyjme Grand, et, enfin, divorcé lui-même, pour en donner l'exemple, en prenant une seconde femme, qui ne vaut pas la première !

Lefebvre. — Et certes, malgré vous, cher ami, qui étiez fort opposé à ce mariage autrichien.

Fouché, tirant sa tabatière. — C'est bien ce qui m'a valu ma destitution, la nouvelle impératrice ne me pardonnant pas cette résistance.

Lefebvre. — Ce qui me passe, c'est que vous sachiez si bien ce que l'empereur m'a dit à cette table, où il n'y avait que Sa Majesté et moi.

Fouché. — C'est bien assez ! Le Palais fourmille ô'obaervateiirs.

Lefebvre. — Même chez l'empereur?

Fouché. — Partout.

Lefebvhe. — Du moins pas chez moi.

Fouché. — Candeur ! Il y eu aura deux, au moins, tout à l'heure, l'un, dans l'antichambre, l'autre, dans ce salon.

Lefebvre. — Vous les connaissez ?

FùUGHÉ. — Ah ! de longue date !

Lefebvre. — Désig"nez-les-inoi, je vous prie, que je les chasse à coups de trique !

FoucHE. — Fi donc ! El le secret professionnel '?

Lefebvre, souriant. — ^lais alors, Savary sait tout ? et notanimont, qu'en échange du ministère qu'il vous a pi'is, vous usurpez le sien chez la belle yi"'" Savarv ?

FoucHÉ. — Eh bien, cher ami, jug'ez Ihomme : il n'en sait pas un traître mot !

Lefebvre. — Mais alors, ses ag-ents ?

FoucHÉ. — Ils sont tous à moi !

Lefebvre. — Vous m'en direz tant !

Les portes ouvertes, on voit paraître les premiers visiteurs.

FoucHÉ, debout. — Voici votre monde !

Lefebvre, <1o même. — i^èjk ! Et la maréchale qui n'est pas encore là !

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