Scène première
L'EMPEREUR, SAVARY, CONSTANT, SAINT-MAR- SAN, ROUSTAN, puis xM. DE BRIGODE
L'empereur, en uniforme de chasseur et bas de soie, assis à sa table, parcourt les journaux ; Constant, son valet de
chambre, se tient derrière lui. Roustan, le mameluck, à gauche, devant la porte du second plan. Mortemart, Lauriston et Saint-Marsan, en grand uniforme, immobiles au-des-' sus du canapé.
L'E.\iPEREUR. — Quelle heure, Constant ? Constant. — Onze heures, sire.
Un silence.
L'Empereur. — Du café.
Constant va à la porte de droite et disparaît un instant. L'Empereur, à Saint-Marsan. — Voyons votre rapport, capitaine. (Saint-Marsan, la main au schako, le lui remet. L'empereur le parcourt, puis) : Les officiers qui sont de service, avec vous, cette nuit ?
Saint-Marsan. — Sire, MM. de Mortemart et Lauriston !
Savary parait.
L'Empereur. — Ah ! Rovig-o. (A mi-voix.) Eh bien ? (Savary s'approche.) M. de Neipperg- est parti ?
Savary. — Je puis garantir à Votre Majesté que M. de Neipperg-, qui est déjà loin de Compièg-ne, sera demain hors de France.
L'Empereur. — Bien !... (Il se remet à priser, lentement. Savary va s'éloigner.) Attendez ! Pourquoi n'ai-je pas ici le dernier numéro du Times et de la Gazette de Leyde ?
Savary. — Des pamphlets, sire. D'indignes pamphlets.
L'Empereur. — Pamphlets ou non, je vous ai dit, une fois pour toutes, que je voulais tout lire ! Où sont ces journaux ?
Savary. — Les voilà, sire. (Il les tire de sa poche et les dépose sur la table.) Les articles calomnieux sont marqués au crayon rouge !
M. de Brigode entre.
L'E.MPEREUR. — Ah ! monsieur de Brig-ode, vous avez prévenu la duchesse de Dantzig"?
Tout en parlant, il ouvre les journaux. l. 4.
m THÉÂTRE D EMILE iMOREAU
Brigode. — Oui, sire.
L'Empereur, qui lit rapifiement. — Parler ainsi de mes sœurs !... Le drôle ! — Les ordres ont été donnés pour la chasse de demain ?
Brigode. — Oui, sire !
L'Empereur, en écrivant. — J'entends être de retour au palais à midi.
Brigode. — Alors, sire, il faudra partir à huit heures, au plus tard.
1/Empereur. — Nous partirons, — écoute ceci, Roustan, — à sept heures et demie. Ces dames en seront quittes pour se lever de bonne heure. Aussi bien, l'impératrice est très matinale. Constant !
Constant. — Sire !...
L'Empereur. — Il v a là, dans l'antichambre (Il montre la droite.), avec ces messieurs, un brig-adier des écuries ?
Constant. — Oui, sire.
L'Empereur, à Brigode, qui remonte au corridor. — Vous le préviendrez en passant. La réception de l'impératrice n'a pas pris fin ?
De Brigode. — Elle s'achève, sire ; ces dames prennent congé.
En effet, au-delà du corridor, dont il a ouvert la porte, apparaît la chambre de Marie-Louise, toute de bleu tendue, et d'où sortent, venant chez l'empereur, LES PPiIXCESSES, avec un groupe de DAMES DE LA COUR.
L'Empereur, qui s'est levé. — Je vais les avertir et dire bonsoir à l'impératrice.
Toutes se rangent, saluent, faisant à l'empereur une haie de révérences.