Scène II
L'Empereur, la voix brève. — Attendez-moi, mesdames, je vous prie.
M. de Brigode annonce ; « L'empereur ! » L'empereur entre
chez l'inipératrice dont, par la porte entrouverte, on aperçoit le lit. Roustan se tient toujours immobile devant la porte du deuxième plan de gauche. Sitôt l'empereur chez Marie-Louise, des chuchotements commencent.
Caroline, à Elisa. — Oh ! oh ! l'empereur est bien in-ité! Est-ce qu'il saurait déjà l'audace de cette créature ? (A Mme de Rovigo.) Duchesse !
Mme DE Rovigo. — Majesté ?
Caroline. — Le duc de Kovigo est ici ?
M"ie OE Rovigo. — Oui Majesté. Duc ?
Elisa, à Savary. — Duc !
Savary, s'approche. — Princesse ?
Elisa, assise devant la table de l'empereur. — Vous avez dit à sa Majesté ce qui s'est passé chez la duchesse de Dantzii»" ?
Savary. — Non, princesse, je n'en ai pas eu le temps.
Caroline. — D'où vient donc que Tempereur g-ronde comme il fait ?
Savary. — Je l'ignore.
Caroline. — Madame de Bulow ?
\Irae DE Hi^;low, fait un pas. — Majesté ?
Caroline. — Savez-vous pourquoi l'empereur est de si méchante humeur ?
Mine DE BuLow. — Ce quc jc peux dire à Votre Majesté, c'est que l'empereur est ainsi depuis ce matin.
Caroline. — Oue sera-ce quand l'impératrice lui aura appris l'offense qui vient de nous être faite !
Brigode. — Votre Majesté sait-elle que l'empereur a fait appeler la duchesse de Dantzig ?
Caroline. — Ah !
Brigode. — Après une conversation assez longue avec le maréchal.
Caroline, — Le maréchal est commandant du Palais ; peut-être ne s'agissait-il que des fêtes de demain ?
Elisa, baissant la voix. — A propos, duc, est-ce vrai ce
que me disait Rémusat, que l'empereur s'oppose au retour de la Grassini et de M''^ Georg-es ?
Savary. — C'est exact, princesse. Sa Majesté a donné l'ordre qu'on n'admît plus dorénavant à la cour ni M"e Georg-es, ni aucune femme dont l'impératrice pourrait prendre ombrag-e.
Elisa, railleuse. — C'est d'un mari g-alant et très épris !
Caroline, de même. — Et qui tient à garder le droit d'être jaloux.
Elisa. — Et il l'est bien ! Si ce que Ton dit est vrai. Mais Savarv n'en conviendra pas.
Savary. — Et que dit-on, princesse?
Elisa. — Que pas une lettre de l'impératrice ne part pour Vienne, qu'elle n'ait été décachetée d'abord, et mise sous les veux de l'empereur.
Savary. — Le fait fût-il vrai, qu'il n'y faudrait voir qu'une mesure politique, et le désir de connaître les pensées intimes de l'impératrice sur l'empire.
Caroline. — Et sur l'empereur.
Savary. — Mais je ne sais rien de tel ! (Il remonte.)
Elisa. — Naturellement !
Caroline, à Mme de Rovigo. — Duchesse ? Est-ce que le duc fait aussi décacheter vos lettres ?
Mme OE Rovigo. — J'espère bien que non !