Scène IX
CATHERINE, FOUCHÉ, puis LAURISTON
FouCHÉ. — Eh bien, soit ! passons-nous de lui ! Catherine, debout, vivement. — Vous auriez un moyen ? FoLicHÉ. — Pas des meilleurs ! Mais nous n'avons pas le choix. Neipperg- est là, n'est-ce pas ?
Il indique la porte.
Catherine, douloureuse. — Oui.
FoucHÉ. - Et, au delà, c'est le g-rand vestibule ?... Combien sont-ils à le surveiller ?
Catherine. — Trois, je crois.
FoucHÉ, après un geste de déception. — Enfin ! Essayons! Il connaît votre écriture ?...
Catherine. — Oui !
FouGHÉ. — Veuillez écrire ce que je vais vous dicter.
Il prend un cahier de papier blanc sur la table et le lui passe, sur un album cartonné, avec la plume, trempée dans un petit encrier de bronze.
Catherine, assise à droite, devant la table, sur un X, s'apprête à écrire, sur ses genoux. — Pas trop vite ! car l'écriture, c'est pas mon fort !
Fouché. — Vous y êtes ?
Catherine. — Oui.
Fouché, dictant. — « Faites semblant de vous assoupir. Dans un moment un homme viendra... » (Il s'interrompt.) Un homme à moi !
Catherine, tout en s'appliquant. — J' comprends bien !...
Fouché, continuant à dicter. — « Sous prétexte d'un ordre à faire signer aux officiers.., » (Il se penche, constate qu'elle a peine à se tirer du mot prétexte, et dicte.) Non... Prétexte !... Un x!... (Elle corrige comme elle peut. Penché sur elle, avec
un geste de découragement.) Oui !... enfin !... Il comprendra! (Dictant.) «... De service... «
Catherine, désolée. — Ah ! s'il avait voulu m écouter !
FoucHÉ. — <( Profitez-en pour vous élancer au dehors. Prenez le corridor à droite... » Rectifiant.) ... ri, corridor...
Catherine, toute en larmes. — Attendez! j y vois pus... (Elle essuie ses yeux. Fouché s'arrête un instant. Silence.) Allez maintenant !...
FoucHÉ, reprenant sa dictée. — « Et réfug-iez-vous chez la duchesse de Dantzig-, où des amis vous rejoindront. » Cela suffit !
Catherine, hocliant la tête. — Ah ! mon Dieu ! qu' c'est donc chanceux 1
FoucHÉ. — Eh oui ! Mais je n'ai pas mieux ! Il s'ag-it maintenant de lui faire tenir ceci, à l'instant.
Catherine. — Sous les yeux de ces hommes ?
FoucHÉ, en prisant. — Comment ? Je cherche !.,.
Catherine. — Attendez !... .1' crois que j'ai trouvé !..,
Fouché. — Quoi ?
Catherine. — Appelez un des aides de camp !...
FoucHÉ. — Ah bon! (Venu à la porte de droite.) Monsieur de Lauriston ?
Lacriston, parait. — Monsieur le duc ?
FoucHÉ. — M"'e la duchesse a deux mots à vous dire.
Catherine. — M'sieu d' Lauriston, l'empereur, su' ma d'mande, consent à c' que m'sieu de Neipperg' écrive à sa mère ses dernières volontés ; j' vous prie d' lui remettre ça de ma part.
Elle montre le cahier de papier sur l'album. Légère hésitation de Lauriston qui regarde Fouché.
Fouché, place sur le papier l'encrier de bronze, avec la plume, et remettant le tout à Lauriston. — Et ceci ! Lauriston. — A l'instant !
Il soi't par la droite.
Catherine, à Fouché, à mi-voix. — Comm' ça, la première chose qu'y va voir en tournant la pag-e...
Fouché, à mi-voix. — Si on ne Ta pas vu avant lui !...
Catherine. — Ecoutons!... (Ils prêtent l'oreille.) Pourvu qu' ça ne lui porte pas malheur, c' qu' j'ai dit là de sa pauv' mère !...
Silence.
Fouché. — Non! Rien !... Tout va bien ! Lauriston serait déjà revenu sur ses pas ! Maintenant, à mon tour ! Restez ici quelque temps aux écoutes. Et rentrez chez vous, où nous nous concerterons pour le reste. Allons ! courag'e !...
Catherine, en lui serrant la main. — Oh ! l'attente ! C'est ça qui tue!... (Derrière la porte de gauche, retentit une voix irritée.) L'empereur!
Fouché. — Je me sauve !...
Il sort par la gauche, premier plan.