CATHERINE, FOUCHÉ, LEFEBVRE
que Catherine interroge, sitôt la porte fermée.
Catherine. — Eh bien?
Lefebvre, pâle et s'essuyant le front. — Eh bien ! Il n'y a ni conseil de g-uerre, ni jug-ement. La voiture de Savary viendra le prendre, avec quatre agents de police, qui le remet-
trontau peloton dexécution. Celui-ci, que je vais former, attendra au rond-point de la Porte-Chapelle. Neipperg" sera exécuté aux lanternes. Les soldats du génie creuseront la fosse au pied d'un arbre. Et, dans une heure, tout sera fini. Voilà ! Tonnerre, va! Faut-il que ça tombe sur moi !
Catherine. — Et tu n'as pas dit à Tempereur ?...
Lefebvre. — Est-ce qu'il écoute V II m'a imposé silence, et, comme il avait sa voix des mauvais jours, j'ai dû me taire !
FoucHÉ. — Mais Saint-Marsan a dû lui dire que j'avais à lui parler d'urgence ?
Lefebvre. — Il a même prononcé le mot de conspiration.
Catherine. — Oui ?
FouGHÉ. — Eh bien ?
Lefebvre. — Eh bien ! L'empereur a haussé les épaules: « Voilà bien de mon Fouché, qui a toujours une conspiration dans sa poche pour tâcher de se rendre utile ! Diteslui que je n'ai que faire de sa conspiration, ni de lui !... »
Catherine, épouvantée. — Mais alors ?
FoucHÉ. — C'est la ruine de mon plan ! Et pas un mot de l'impératrice ?
Lefebvre. — Pas un !
Catherine. — Et elle n' sait rien, celle-là ! Elle dort, pendant qu'on va tuer un homme pour elle !
Fouché. — M"® de Bulov^ est arrêtée ?
Catherine. — Eh ! Sans ça ! Je l'aurais déjà prévenue ! G' t' impératrice ! N'y a plus qu'elle à présent pour sauver c' malheureux !
Lefebvre. — Comment ?
Catherine. — Ah ! c'est son affaire ! Qu'elle s'arrange ! 'Tant pis ! J'v vas !
Lefebvre. — Où ?
Catherine. — Chez l'impératrice !
Lefebvre. — Toi ? Qu'elle connaît à peine?
Catherine. — Ehben, elle m' connaîtra !
Lefbbvre. — Et que lui diras-tu ?
Catherine. — Je lui dirai : «Tâchez donc d' vous s'couer un peu, et d' tirer de là votre amant ! »
Lefebvre. — Mais c'est fou !
FoucHÉ. — Adoucissez !
Lkfebvre. — Tu ne peux pas dire ça !
Catherine. — Pourquoi ?
Lefebvre. — C'est dune audace !
Catherine. — C'est ben ça qui m' gêne!
Lefebvre. — Si l'empereur apprend ?...
Catherine. — Y m' fusillera pas, n'est-ce pas ! Et puis quand même! J'y vas !
Lefebvre. — Catherine !...
Foughé, le retenant du geste. Bah ! laissez-la faire ! Catherine ouvre la porte du fond, et l'on aperçoit Roustan, debout, qui garde la porte de l'impératrice.
Lefebvre, à mi-voix. — Roustan !
FoL'CHÉ. — L'empereur a tout prévu !
Catherine, désolée. — A présent ! C'est Gui ! Y a pus rien !
Elle tombe assise, au milieu, sur l'X, pleurant.
FoucHÉ. — Peut-être ! Il nous reste encore l'évasion... et si le maréchal veut seulement ?...
Lefebvre. — N'allez pas plus loin, mon cher duc ! Le commandant du palais ne peut pas vous entendre. Je sors pour prendre les mesures dictées par l'empereur ; qu'en mon absence, à mon insu, le prisonnier s'évade, c'est votre affaire, la sienne, et celle de Savary... Dès que Neippero" sera livré à mes hommes, je ne connaîtrai plus que mon devoir de soldat, et je le ferai jusqu'au bout, si cruel qu'il soit ! Si vous m'éparg-nez cette douleur, votre joie n'égalera pas la mienne ! Mais, jusque-là, ne me dites rien I Je ne dois, je ne veux rien savoir ! Il sort à grands pas, par la droite.