Scène IX Les mêmes, KÉPHREN
Antoine, redescendant. — Ta maîtresse t'appelle ! (Képhren descend.)
Cléopatre. — Viens ici, Képhren ! Sais-tu de quel crime tu es coupable envers moi?
Képhren. — Moi, maîtresse ?
Cléopatre. — Toi, qui as fourni des armes à la calomnie par ta folle passion pour ta souveraine.
Képhren, tombant à genoux — 0 maîtresse !... Qui a pu te dire ce que ton humble esclave osait à peine s'avouer à lui-même?
Cléopatre. — Tes rej'-ards ont parlé pour toi ! Et les malveillants ne t'ont pas cru seul coupable !...
Képhren. — Dieux puissants ! ils ont osé ?...
Cléopatre. — ... Me dire ta complice, oui ! Et Marc-Antoine n'en doute pas !
Képhren. — Infamie ! Toi, toi ! Ah ! comment désarmer ta colère et mériter mon pardon ?
Cléopatre. — Il n'y a pas de g'râce pour l'esclave qui ose porter les yeux sur sa maîtresse ! Es-tu prêt à tous les châtiments, pour expier ton crime ?
Képhren, debout. — 0 reine, tu le demandes ? A tous ! Même à la mort !
Cléopatre, jetant dans la coupe la perle de sa bague. — La voici I de ma main 1 Bois, et prouve au Triumvir que tu n'es pas plus à mes yeux que la goutte d'eau du Nil, et le grain de sable du désert. (Elle lui tend la coupe.)
Képhren, prenant la coupe. — Que les immortels ajoutent à ton existence les jours retranchés à la mienne ! (11 va pour boire.)
Antoine, lui arrachant la coupe. — Arrête !... Malheureux ! (Iljette la coupe au loin... A Cléopatre.) C'est assez pour vous justifier tous deux ! Et sa mort gâterait ma joie ! (Il saisit amoureusement les deux mains de Cléopatre, et, l'attirant dans ses bras, joyeux.) Va, Képhren, loyal serviteur et fidèle ami, va dormir en paix, va !
Cléopatre, toujours dans les bras d'Antoine. — Et fais avancer la barque, nous partons !... (Képhren sort.)