‹ ThéâtreChapitre 78 sur 148 · Scène X CLÉOPATRE ANTOINE · texte numérisé non relu

Scène X CLÉOPATRE ANTOINE

Antoine, la tenant toujours dans ses bras. — Partir ?

Cléopatre. — Sans doute !

Antoine. — Allons donc ! Nous séparer encore ?

Quand tu es là, justifiée, innocente, adorée ! t'arraclier de mes bras ? (L'enlaçant plus fort.) Eh bien, essaye !

Cléopatre. — Et Octavie ?

Antoine. — Laisse Octavie ! Je t"ai, je te tiens, je te garde, et tu ne partiras plus !

Cléopathe. — Mais elle vient ! Vois ces torches, à la tête du pont, sur l'autre rive... C'est elle ! La voici !

Antoine. — Qu'elle vienne!

Cléopatre, se dégageant. — Gomment donc ? Et je vais l'attendre, n'est-ce pas, pour être encore témoin de vos embrassements ?... (Mouvement d'Antoine pour la reprendre; elle se dérobe.) — Allons ! Y penses-tu, ou bien as-tu conçu le rêve monstrueux de ne pas te séparer de l'épouse, en renouant avec la maîtresse ?

Antoine. — Non !

Cléopatre. — Alors finissons ! Le temps presse. 11 ne me convient pas de me trouver sur le seuil de ta porte avec celle qui m'a volé ton amour ! Une de nous deux est de trop. Fais ton choix ! Et fais vite ! Elle ou moi !

Antoine. — Toi, toi seule et toujours toi !

Cléopatre. — Et si elle vient ?

Antoine. — Elle ne viendra pas !

Cléopatre. — Et comment Tempêcheras-tu ?...

Antoine. — En brisant le pont !

Cléopatre. — Pèse bien ce que tu vas faire, triumvir ! C'est ta femme humiliée, chassée, répudiée !

Antoine. — Pour toujours !

Cléopatre. — C'est la g-uerre !

Antoine. — Va pour la g-uerre !

Cléopatre. — Et le feu mis à ce bûcher, c'est l'embrasement du monde !

Antoine. — Que le monde brûle ! Et que sa fournaise éclaire nos amours ! Flambent ces bûchers, et que le vent promène l'incendie ! Sonnent les trompettes, et que le vent disperse leur appel ! Il me plaît que la guerre t'em-

pourpre de sa lueur et te salue de ses fanfares ! A demain, en ton honneur, la première bataille !...

Cléopatre. — Sur mer !

Antoine. — Tu veux?...

Cléopatre. — Car désormais je n'ai plus à compter sur la pitié d'Octave ! Captive, je suis morte ! Sur ma g"alère du moins, en cas de désastre, je lui échappe...

Antoine. — Soit donc 1 Pour toi, nous triompherons sur mer !

Cléopatre. — Alors, hâte-toi ! Car Octavie a déjà fait la moitié du chemin !...

Antoine, au fond, soulevant un rideau, et d'une voix tonnante. — Rompez le pont !

Cléopatre, triomphante. — Enfin ! je l'emporte !

(Les rideaux s'ouvrent et laissent voir la rive toute pleine de soldats. Il fait nuit.)

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