Scène XI
Les mêmes, KÉPHREN, DÉMÉTRIUS, DERCETAS, TIIYRSEUS, JUBA, OFFICIERS, SOLDATS.
DémÉtrils, sur le seuil, à Marc Antoine. — Mais Octavie est là !
Dercetas. — Elle vient !..
Antoine, redescendant, suivi par eux. — II n'y a plus d'Oclavie !
(Mouvement des amis.)
DÉMÉTRIUS. — Et si c'est la paix qu'elle nous apporte ?
Antoine. — Raison de plus ! Traiter quand nous avons l'avantag-e de la force, pour recommencer les hostilités dans six mois ? Ce serait une duperie !...
(Mouvement approbateur.)
GnouPE d'officieiîs. — Oui ! Oui ! Marc-Antoine a raison ! la g-uerre !
Soldats, au fond. — La g-uerre, la g-uerre ! Gloire à Marc-Antoine !
(Les licteurs prennent leurs faisceaux au pied du bûcher et les officiers leurs enseignes.)
Démétrils. — Soit ! Alors, nous combattrons !
Antoine. — Sur mer ! Où nous avons quatre vaisseaux contre un à mettre en lig^ne, g-râce à la plus puissante de nos alliées, (11 se tourne vers Cléopàtre.) la plus fidèle de nos amies ! (H regarde Thyrseus, Démétrius et Dercetas qui ne bronchent pas.) Et à sa flotte, commandée parle loyal et vaillant Képhren ! (11 met sa main sur l'épaule de Képhren, amicalement.)
Thyrseus, à part. — Luttez donc contre cette femmelà ?
Antoine, à Juba qui reparaît. — Eh bien, ce pont ?
Jtjba. — Rompu, maître !...
Antoine. — Maintenant, au bûcher ! Que toute Tarmée sache bien que la trêve est rompue. Donnez-moi cette torche.
Cléopatre. — A moi, si tu le veux bien, triumvir ! Laisse à Cléopàtre cette joie d'allumer le premier feu de votre discorde !...
Antoine. — Va donc! (Cléopàtre prend la torche.) Et demain la bataille !... Et dans un mois à Rome !...
Tous. — Oui, oui, à Rome ! — A Rome !
Cléopàtre, seule, à part, la torche à la main. — Rome, c'est Octavie ! Tu n'y rentreras pas, dans Rome !... (Elle monte, entre les soldats qui l'acclament, et va mettre le feu au bûcher.)
Tous, criant et frappant leurs boucliers. — Gloire à Marc- Antoine et à Cléopàtre ! Victoire au triumvir ! A Rome ! A Rome !
Le bûcher s'enflamme, éclairant et Cléopàtre et toute la rade d'une lueur de sang, tandis que le trophée, caché jusque là
par les fascines, apparaît, debout et menaçant, tous les officiers porte-enseignes, groupés autour de Gléopàtre, et tous les soldats agitant leurs armes.)
RIDEAU