CLEOPATRE, ANTOINE, KÉPHREN, CHARMIANE, IRAS
ClÉOPATBE, à genoux, près d'Antoine. — Qu'il meure !... Sainte Isis! En est-il là?... Sauve le ! (A Képhren.) Olympus, vite! Cours donc!... [A ses femmes.) Vous, aidez-moi... ces coussins (Képhren sort par la gauche, tandis que les femmes apportent les coussins.) Antoine ! Mon Antoine ! m'entendstu?
Antoine, la voix trouble, sifflante. —Oui, encore... J'entends ta voix... Mais je te vois à peine. Où es-tu, mon amour?
Cléopatre, pleurant. — Ici, dans tes bras.
Antoine, prenant sa main et se soulevant. — Approche... tout près... que je voie tes yeux adorés I
Cléopatre. — 0 mon bien-aimé !
Antoine. — Oui !... les voilà... Mais pourquoi pleins de larmes?,. N'étions-nous pas résolus à la mort ?... Je suis tombé, l'épée à la main, en soldat, leur faisant face. Je meurs digne démon nom, et les peuples à venir me porteront envie puisque je meurs dans tes bras...
Cléopatre. — Non ! non ! tu ne mourras pas !... Olympus! Et Olympus qui ne vient pas! (A Eros) Enfant, cours au temple du palais, et dis aux prêtres d'implorer nos dieux !
(Eros sort par la gauche.)
Antoine. — A quoi bon ? Médecins et prêtres n'y peuvent rien ! Déjà mon âme bat desailes!... Malong-ue
journée est finie ! C'est le soir delà bataille... dormons... Encore un baiser... Après tant de baisers. Ma chérie, encore un, le dernier !
Gléopatre. — Attends!... Oh! attends !... Ne me quitte pas si vite ! Charmiane !... (Elle lui désigne le couffin ; Charniiane hésite.) Va !... (Charmiane va chercher le couffin). A Antoine.) Nous partirons ensemble!... Nous nous l'étions promis... Tu te tais ? Attends-moi !..
Antoine, expirant. — Que vas-tu faire ?...
Gléopatre. — Te suivre !
Antoine. — Hâte-toi!... Ta main... tes lèvres encore... Viens !... vite. ..
(Il expire doucement dans ses bras. Chant des prêtres au loin ju.«qu'au baisser du rideau.)
Gléopatre, reposant doucement Antoine sur les coussins. — C'est fini ' Etcette bouche adorée m'a parlé pour la dernière fois î... (Elle baise ses lèvres.) Allons ! Gléopatre, à ton tour., .
(Elle ouvre le couflin.)
Charmiane et Iras, fondant en larmes, et l'implorant à genoux. — Oh? maîtresse!
Gléopatre. — Silence, Charmiane! Courag-e, bonne Iras ! (Elle écarte les feuilles et attire à elle l'aspic.) Et toi, joli reptile, éveille-toi ! (Elle prend le serpent, et l'agite au bout de son bras.) Viens t'attacher ici comme un enfant au sein de sa mère. (Elle lui tend son bras, les dents serrées, en fermant les yeux.) Viens!
Charmiane, pleurant à genoux. — 0 reine !
Iras, de même. — Fleur de beauté !
Gléopatre, la voix plus ferme. — Allons ! Pas de pleurs ! Vousl'avez entendu, Marc-Antoine ne veut pas de pleurs... Encore, douce bête !... Encore !... (Elle lui livre son bras.) Me vois-tu, mon Antoine, et vos Romaines ont-elles meilleure grâce à mourir? (A Charmiane.) Donne le miroir, que je voie si je resterai belle. (Elle s'y regarde en souriant.^ Je le crois. Merci. Vous me mettrez ma couronne au front et
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mon sceptre dans la main... Et dans la main d'Antoine, son épée... (Elle les regarde pleurer.) Pauvres filles! qu'allez-vous devenir sans moi ?
Charmiane, à elle-même. — Ah ! nous ne te quitterons pas, môme dans la mort!...
Cléopatre, s'engourdissant. — Je vais m'endormir, je le sens, bercée comme au courant des flots...
Au courant des flots, sous le clair soleil...
Je suis sur le Cydnus, et je vais au-devant d'Antoine... Tu es là, Charmiane?
Charmiane. — Oui, reine!
Cléopatre, à Charmiane. — Ouvre la porte. Le vaillant César n'a plus rien à craindre. Antoine est mort!... Qui m'appelle ?... toi, mon héros?... Patience, me voici... Je viens, mon royal seig-neur... patience !.. Me voici !... (Klle meurt, en souriant.)