‹ ThéâtreChapitre 122 sur 151 · OCTAVE FEUILLET · texte numérisé non relu

OCTAVE FEUILLET

histoire d'un dessinateur qui prépare un album

de caricatures, paraît être maintenant un chemin de traverse qu'il était inutile de prendre, lorsqu'on pouvait s'en^atrer dans le grand chemin do l'observation directe. D'ailleui-s, cette partie a beaucoup vieilli. Les deux peintres, qui tombent dans une maison bourgeoise, où ils se moquent de tout le monde, ne sont que des rapins mal élevés dont l'état civil est ti'ès vague. Les tirades sur l'argent et sur l'art sentent le moisi ; et rien ne m'a paru jilus drôlequela jeune fille qui cesse d'aimer Octave, parce qu'il a quitté la peintiue. Toute la partie amoureuse est très faible. C'eat là qu'on sent les petite^es de l'ceuvre, le manque de maîtrise, comme je le disais tout à l'heure.

Il faudrait analyser chaque personnage. Les deux peintres jouent, l'un l'éternel Desgenais, L'autre l'ancien personnage de \'alère qui s'avise de se grimer et de feindre pour épouser celle qu'il aime. Je ne voif: aucune trace d'observation. Avec Bassecour commencent les originaux. Bassecour est fort amusant, mais on ne trouve pas chez lui rie développement d'im caractère ; tout son comique réside dans son fameux cseulenient » ; c'est l'homme qui entame l'éloge de tout le monde, puis qui arrive à la restriction « seulement », et qui assomme alors ses meilleurs amis. Il n'y a qu'une silhouette bien indiquée et qu'une tournure de phrase heureuse.

Quant à moi, je trouve le personnage de Dufouré, comme profondeur d'observation et finesse de peinture, bien supérieur au personnage de Péponnet. Celui-ci est une enluminure assez grossière du bourgeois ; son mérite est dans son exagération ; il vient en avant, tant son égoïsme est outré, tant il est naïvement déloyal et cupide. Dufouré, au contraire, est d'une vérité stricte ; il ne dit pas un mot de trop, il est simple et effroyable.

Pour la même raison, je préfère la scène de Dufouré, au quatrième acte, lorsqu'il arrange sa vie de veuf, avant que sa femme soit marte, à la scène beaucoup plus célèbre du contrat. Sans doute, cette dernière est d'une force caricaturale irrésistible. Le marchandage, la discussion de la dot, cette bataille cocasse des intérêts a une grande valeur de satii'e. Rien n'est plus lugubrement bouffon que ce ori de Péponnet, lisant le contrat:«Onne parle que de ma'mortlà dedans 1 » et que cette réponse d'Octave : « Parbleu I de quoi voulez-vous qu'on parle? « Mais tout cela ne découle pas assez directement de l'étude des caractères; on ne sent point assez la vérité par-dessous ; ce n'est qu'une fantaisie très brillante. Au contraire, quelle férocité vraie dans ce déjeuner de Dufouré, parlant, la bouche pleine, de sa pauvre femme qui se meurt ! et comme on devine qu'il a pris ses précautions contre le chagrin, et qu'il ne serait même plus fâché de voir mourir sa femme, pour vivre à sa guise! Ici, tout est superbe, le personnage se met à nu, c'est un document précieux et complet sur l'égoisme. On parle d'un chef-d'œu\Te ; voilà oii est le cheff-d'œiivre, uniquement dans cette scène.

Je termine. On pousse beaucoup la Comédie- Française à reprendre les Faict Bonshommes. C'est là que je voudrais les voir. Quelle ligure ferait cette farce moderne dans la maison de Molière'? Les auteursdu Vaudeville chargent terriblement les personnages. Je me demande si les acteurs de la Comédie-Française lesciiargeraient moins, et, dans ce cas, ce que deviendraient les t>-pes. 11 faut bien dire que les Fau.v Bonshommes ont besoin d'être vus à la scène pour être compris. La pièce lue est d'un assez pauvre effet, parce qu'elle n'est pas écrite et que le comique y est souvent dans le jeu des artistes. Qu'on la joue donc à la Comédre-Française, l'expérience sera intéressante.

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