‹ ThéâtreChapitre 124 sur 151 · GEORGE SAND · texte numérisé non relu

GEORGE SAND

par un coup de baguette, sans que rien nous ait préparés à ce changement, et deviendra un modèle de vertu, pour l'édification des âmes sensibles !

Non, la chute est vraiment trop rude. Montjoye est un criminel dont le repentir ne nous touche pas. lls'est rendu impossible ; il n'a qu'une chose à faire, s'il voit enfin clair dans sa conduite : avaler son code et se passer sa fameuse épée au travers du corps, pour débarrasser les siens. Voyez-vous Georges marié et dînant avec son gredin de beau-père? Je ne parle pas de l'invraisemblance d'une pareille conversion. On ne retourne pas un homme en une minute. Les quatre premiers actes ne sont que faux et inconséquents. Le cinquième noie dans de l'enfantillage une action mélodramatique.

L'homme fort est donc par terre. Je soupçonne que M. Feuillet voulait justement en venir là. II a commencé par noircir l'homme fort, l'homme du siècle, pour que la conversion qu'il rêvait fût ensuite plus éclatante. Peu importent les entorses à la vérité. Quand on veut prouver, on dispose les personnages comme des

arguments. Voilà le scepticisme, voilà la force qui ne reconnaît pas Dieu : un coquin, un voleur, un assassin. Et maintenant, voici Dieu, voici le coeur, voici le devoir : un pantin féroce qui brusquement devient un ange. Après ce beau coup, M. Feuillet croit sans doute avoir vaincu le siècle. Allons, l'homme fort reste à créer, la querelle demeure entière, entre l'homme dont la volonté s'aiïole, et Dieu qui se transforme.

Monijoi/e n'en est pas moins une comédie faite avec talent. Je dirai même qu'elle est la plus forte de M. Octave Feuillet. Elle contient quelques belles scènes, et elle est menée scéniquement avec une rare habileté. Enfin, certains détails sont charmants. On raconte que, si l'on a hésité si longtemps à la reprendre, c'était qu'on ne savait à qui confier !e rôle de Montjoye, créé par Lafont. Il fallait, paraît-il, beaucoup de distinction. Cela achève, pour moi, de caractériser le rôle; de la distinction dans de la coquinerie, c'est toute une littérature. Montjoye, tel que l'a compris M. Feuillet, ne serait pas complet, en effet, s'il n'était point distingué.

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