SCENE PREMIERE
R.\P.OURDIN', CHARLOTTE
Charlotte, ouvrant lu porte du fond et amenant violemment Hnhourdin par le pois^net. — Vous n'avez pas honte, mon parrain ! Prendre les trois cents francs de ce pauvre garçon !
R.VBOUEDI.V. — Est-ce que je savais?...
Mets-toi à ma place. Il entre, il me dit : « Bonjour, mon oncle. " Naturellement, j'ai cru qu'il était mon neveu.
Chaklottt:. — Et vous avez accepté les trois cents frînrs?
RABOrRDlN'.
neveu !
Charlotte.
monnaie.
Rabourdin.
mon neveu !
Charlotte.
Tiens ! puisqu'il était mon ^'ous avez même gardé la Sans doute, puisfiu'il était
Vous saviez pourtant que vous ne pourriez rendre cet argent.
RABOrBniK. — Mais puiscju'il était mon neveu !... On ne trom.pe pas les gens comme ça ! Tu l'exposais, ton amoureux, à toutes sortes d'histoires. Je lui aurais demandé la pendule, parbleu ! (// passe à gauche.)
Charlotte. — Ne nous fftchons pas... Vous allez toujours me donner ma dot.
R/UîoUEniN, inquiet. — Ta dot... Tu veux ta dot?
Charlotte. — Dame ! pour me marier.
Rabourdin. — Pour te marier... Parbleu ! j'entends bien... Mon enfant, c'est une chose grave que le mariage. Il faut réfléchir. Tu es trop jeune, vois-tu.
Charlotte. — J'ai vingt anr.
Rabotjrdis. — Comme les petites filles grandissent vile ! Vingt ans déjri !... D'ailleurs, là, entre nous, ton prétendu ne me plaît pas. Il a l'air d'un mauvais sujet.
Charlotte. — Lui' Vous le trouviez charmant.
Rabotjrdin. — Oh : charmant... Je suis faible lu sais, pour mes neveux. Mais, du moment qu'il s'agit de toi, de ton bonheur... M a un regard dont je me méfie. Tu serais malheureuse. (// va s'asseoir sur le fauteuil, à droite.)
Charlotte. — Malheureuse arec Dominique ! Dites donc, mon parrain, ne vous moquez pas '.... Je veux ma dot.
Rabocrdiî,-. — Bien, bien, je te la remettrai... le jour (le ton mariage.
Chart.otte. — Je vetix ma dot tout de suite.
Rabourdin, feignant de rire. — Tout de
suite, voyez-vous ça ! Eh bien ! non, mademoiselle, vous ne l'aurez pas tout de suite.
Charlotte. — Mon parrain...
Raboi'kdin, se levant H passant à droite. — Tu es ridicijle, enfin ! Tu fais les choses en cmip de vent... Que diable ! on ne reprend pas de l'argent d'une façon si brutale... Je ne sais plus où j'en suis, moi... Et si j'en avais disposé, de ton argent?
Charlotte. — 5Ion parrain...
Rabourtiin, larmoffanl. — Ils m'ont tout pris, ma pauvre Charlotte, ils m'ont laissé nu comme un ver, mes gredins d'héritiers 1
Charlotte, le secouant. — Ma dot ! ma dot !
Rabourdis. — Ce sont eux, je te jure.
Charlotte. — Un argent sacré, n'est-ce pas?... Vous auriez préféré, disiez-vous, gratter la terre avec vos ongles.
Rabourdin. — Oui, oui, gratter la terre... Oh ! les gueux ! (Il s'asseoit sur le fauteuil, à gauche.)
Ch.arlotte. — Alors, c'est fini, nous n'avons plus un sou. Les trois cents francs .Je Dominique, escamotés ! Les trois mille francs de ma tante, envolés 1 Et vous pensez que je vais accep 1er cela tranquillement ! Non, par exemple I Je mettrais plutôt le feu aux quatre coins de Senlis.
Rabourdin. — Tu aurais bien raison.
Charlotte. — Je ne vous ai pas ruiné, moi; je ne suis pas une de vos niOces, pour que vous vous vengiez en me prenant mes trois mille francs... {Allant à la porte du fond et appelant.) Dominique ! (Dominique entre.) Et nous qui voulions louer le moulin. Cet argent était tout notre rêve.