SCÈNE XI
CHAPUZOT, CHARLOTTE, MOURGUE, RABOURDIN, pui.-. HlADAiME FIQUET, PUIS ISAAC
MOUEGUE, allant de Chapuzot à Hahourdin. — Moi, j'aime mes malades... Chapuzot, mon ami, vous êtes menacé, je vous le dis une fois encore... ^'oule7.-vous qu'on vous couvre davantage, Rabourdin?... Vous ne sauriez croire combien je suis heureux d'être ainsi entre deux de mes plus chers clients !
Raboubden. — Le pauvre Chapuzot !
Chapuzot. — Le pauvre Rabourdin !
Madame Fiquet (1 ), parlant à la cantonade. — N'entrez pas tout de suite. Je vous appellerai... {A Rabourdin.) Mon oncle, serez-vous bien sage, bien raisonnable?
Rabovrdin. — Je suis doux comme un mouton, ma bonne nièce.
Madame Fiquet. — M'aurez-vous de la reconnaissance, vous souviendrez-vous à toute heure de votre Lisbeth?
Rabourdin. — Cert«s.
Madame Fiquet. — Une chose heureuse, que je crains de vous annoncer tout d'un coup... (A Mourgue.) Docteur, mon oncle peut-il supporter une grande émotion?
MouEGUE. — Une grande émotion... Je serais curieux d'étudier sur lui l'effet d'une grande émotion. (Il lui prend le pouls.) AMez, madame.
Charlotte (2), allant se mettre près de Chapuzot. — Attendez, je vais nie placer à côté de monsieur Chapuzot, i)ar prudence, dans le cas où l'émotion le gagnerait.
Madame Fiquet, au fond, sur le seuil de la porte. — Bien... Je puis agir, n'est-ce pas?... (A la cantonade.) Monsieur Isaac, veuillez entrer. (Entrée cC Isaac, qui porte la pendule. Il s'arrête au milieu de la scène.)
Rabourdin (3). — Ah ! la pendule, la chère pendule ! (Il la regarde d'un air ravi.)
Chapuzot, entre ses dents. — Ça va lui porter im coup.
Charlotte, à Chapuzot. — Ménagez-vous, tournez la tête.
Rabourdin, les yeux toujours fixés sur la pendule. — I-^t elle est à moi, elle couchera dans ma chambre I... Monsieur Isaac, je vous en prie, ne bougez pas.
Isaac. — C'est qu'elle me casse les bras.
Rabourdin. — Quelle finesse de ciselure !
(1) Ch.ipuzot, Charlotte, madame Fiquet, Rabourdin, Moiirsue.
(2) Charlotte, Chapuzot, madame Fiquet, Rabourdin, Mourgue.
(3) Charlotte. Chapuzot, Isaac, madame Fiquet, RabourdiD, .Mourgue.
Madame Fiquet, derrière le fauteuil, bas. — Eh bien ! docteur?
Mourgue, très grave, tenant toujours le pouls,
— Le pouls est plus vif, la chaleur revient. R.\boubdin. — Quelle puretédans les moindres
détails !
Mourgue. — Parfait, les muscles reprennent leur jeu, la vie déborde.
Madame Fiquet, à part. — Hein ! il irait mieux !... (Haut.) Posez la pendule sur la cheminée, monsieur Isaac. (Isaac passe devant Rabourdin, qui suit la pendule des yeux.)
Chapuzot, entre ses dents. — Il est rose comme une fille... La peste !
Rabourdin (1), après qu^ Isaac a posé la pendule sur la cheminée. — De près, oh ! de près elle est plus désirable encore !
Mourgue, tenant toujours le pouts ae Rabourdin. — Plus de fièvre, rien (ju'un doux frisson, un cœur de quinze ans battant pour la première fois.
Rabourdin, se tournant vers madame Fiquet,
— Merci, Lisbeth.
Madame Fiquet. — ■ Attendez... (D'une voix navrée.) Elle sonne, mon oncle, elle sonne.
Isaac. qui règle la pendule. — Oui, la sonnerie est en bon état.
Madame Fiquet. — Hélas ! mon pauvre oncle !... (La pendule sonne.) Un son bien triste, mon Dieu !
Rabourdun. — Une voix d'oiseau... (La pendule sonne de nouveau.) Une musique de printemps. Elle sonne la ■vie. . Attendez, je vais la régler moi-même. (Il s'oublie et court à la cheminée.)
Madame Fiquet, stupéfaite. — Le voilà debout, maintenant I
Chapuzot, ahuri. — Debout 1 (Il a une crise, Charlotte lui tape dans les mains.)
Mourgue. — Très bien... Ce sont les pilules qui agissent.
Rabourdin, très embarrassé, feignant de chanceler. — Pardon... la joie... J'ai cru que je pourrais... Menez-moi à mon lit. Cet effort m'a brisé. (Madame Fiquet et Mourgue le conduisent à son lit et restent auprès de lui. )