SCENE XIV
CHARLOTTE. RABOURDIN, puis DOMI- NIQUE
Charlotte. — ■ Impossible de respirer avec de pareilles commères sur les bras I
Rabourdix, passant la tête prudemment entre les rideaux. — Personne... Eh ! Charlotte !
Charlotte. — Quoi, mon parrain?
Rabourdin. — Plus une nièce, tu es sûre? Hein? derrière les fauteuils, sous les meubles?
Charlotte. — Non, non, ils sont tous dans le jardin.
RABOURDIN. — Alors... (Il saute du lit.) Attends, le verrou, pour plus de précaution. (Il va pousser le verrou et revient en battant des entrechats.) Houp ! houp ! ça fait du bien... Houp là I J'ai les jambes rouillées, ma parole !
Charlotte. — Prenez garde, ils vont vous entendre.
Rabourdin. — Tant pis ! j'ai la pendule... (Il la prend par la taille et la force à valser avec lui. en chantonnant.) J'ai la pendule, j'ai la pendule...
Charlotte. — Finissez donc... Je n'ai pas ma dot, moi 1 II faut que le Chapuzot et la Vaussard s'exécutent. (ElU entend frapper à la porte de droite.) Voici Dominique. (Elle va ouvrir la porte. Dominique entre.)
Rabourdix, qui est allé regarder la pendule. — Ravissante 1... Il est vrai que je l'ai bien gagnée depuis ce matin.
Dominique (1), tranquillement. — Elle n'est pas encore à vous.
Rabourdin, se retournant, très inquiet. — ■ Hein? que dit mon neveu?
Dominique. — Je dis que je connais le marché conclu entre votre nièce Fiquet et le sieur Isaac.
Rabourdin. — Eh bien !... elle a acheté la pendule douze cents francs?
DoMiînQUE. — Non, elle l'a louée, jusqu'à ce soir, pour dix francs... Vous comprenez, mon oncle... ce soir, vous serez morL
Rabourdin, ahuri. — Ce soir, je serai mort... (Comprenant.) Ah I la gredine ! je la reconnais bien là.
(1) Charlotte, Dominiiiue, Rabourdin.
Charlotte, riant. — Mon pauvre parrain !
Raboubdin, exaspéré. — Je suis volé, je suis assassiné... (Traversant et allant s'asseoir à droite.) (1) Ecoute, Charlotte, torture-les, ruineles, donne-leur quelque bonne maladie qui les emporte de rage... Je te fais cadeau de la pendule si tu la leur arraches.
(1) RabourdiD, Charlotte, Dominique.
Charlotte. — C'est dit... Mais il faut conten'ler d'abord ces excellents parents.
Rabourdin. — Les contenter 1... Pas de mauvaise plaisanterie, n'est-ce pas? (La pendule sonne.) v.fi '-t
Charlotte, la main tendue vers la pendule. — Elle sonne votre dernière heure, mon parrain. (Rabourdin se lève brusquement d'un air d'épouvante. Puis, tous trois sont prisd'un fou rire.)
ACTK TROISIEME
Le mime décor qu'à l'acte premier.
Au lever du rideau, madame Fiquet et madame Vaussard sont assises aux deux côtés de la table ronde, l'une à
gauche, l'autre 4 droite ; la prcmiiVe classe des papiers qu'elle tire de son panierposé à côté d'elle ; la second écrit.
Chapuzot, adossé contre la caisse, à gauche, cause avec Dominique. Lcdoux et Eugénie, côte à côte sur le
canapé, 4 droite, parlent à voix basse en se souriant.