SCE.NE VIII
RIBALIER, HORTENSE, puis PUTOIS
Ribalier, reparaissant en toilelle de nuit, un foulard sur la tête. ■ — Saperlotte 1 je vais donc pouvoir... (Il aperçoit Hortense.) Hortense ! Eh bien 1 c'est le comble I Je ne me coucherai pas cette nuit. (Haut.) Comment, madame, vous ici, à pareille heure?
Hortense. — Oui, mon mari me croit enfermée chez moi. J'ai profité du tumulte de cette noce... Ah 1 croyez que j'ai hésité, beaucoup hésité...
Ribalier, à part. — Pas assez, fichtre I
Hortense, très tendre. — Ah I mon ami...
Ribalier, désespéré. — Madame I madame 1
Hortense. — Non, appelez-moi Hortense...
Mon ami, notre erreur d'un jour ne doit pas avoir de lendemain, vous le savez, nous l'avons juré.
Ribalier. — Et nous tiendrons notre serment.
Hortense. — Alors, j'ai pensé que vous n'abuseriez pas de ma faiblesse, et je suis venue.
Ribalier. — Je vous jure que je n'abuserai bas... Mais quelle imprudence I
Hortense. — J'ai voulu vous revoir, j'avais le besoin de vous revoir.
Ribalier. — Eh bien I vous voyez, j'allais me couclier.
LE BOUTON DE ROSE
HoRTENSE. — J'ai voulu entendre une fois encore le son de votre voix.
RiBALiER. — Oui, je comprends... C'est très gentil.
HoRTENSE. — J'ai voulu, — ne vous moquez pas, — j'ai voulu appuyer ma tête à votre épaule. Oh ! une petite seconde, rien qu'une seconde... Vous permettez?
RiBALiER. — Oui.
HoBTENSE, après avoir posé la tête sur son épaule. — On est si bien... Je dormirais là.
RiBALiER. — Oui, oui... (^1 part.)Cest moi qui dormirais !
HoETENSE. — Et j'ai voulu m'assurer que vous ne me méprisiez pas... Ah ! dites-le moi. Camille, dites que vous ne me méprisez pas ! {Elle se relève, éclate en sanglots et va s'asseoir près de la table.)
RiBALiER (1), à part. — Allons, boni des larmes 1 l'éternelle scène I Jamais je n'en sortirai. La femme après le mari !... {Haut.) le vous estihie, Hortense. Calmez-vous... . Il faut vite remonter dans votre chambre.
HoETENSB. — Comment ! c'est vous qui me parlez ainsi, vous qui, hier encore, vous traîniez à mes genoux I
RiBALiER. ^^Hier, sans doute...
Hortense. — Comme vous êtes brutal !
Laissez-moi passer la nuit' sur ce]fauteuil, je vous regarderai dormir. , ;. ; J ■, .i^î!
RiBALiER. — Ne plaisantons pas. Soyez raisonnable, Hortense... Songez donc, si votre mari descendait !
Hortense. — Mon mari \'j\ ne compte pas, mon cher. {Elle se lève, en oubliant son mouchoir qu'elle a posé sur la table.) («^^j ■ . '
RiBALiEE, se fâchant. — Eh bien ! puisqu'il vous faut des explications, je viens de le voir, votre mari, et il m'a tout raconté, et je n'ai pas envie de figurer dans un procès.
Hortense. — Ah 1 il vous a raconté... Alors, je reste. Vous n'avez aucune crainte, n'est-ce pas?
RtBALiER, suppliant. — Ecoutez, ma chère Hortense, si vous m'aimez, laissez-moi. H faut que je passe la nuit, des comptes à régler. On n'est pas toujours libre dans le commerce, vous le savez bien. {Putois sort du cabinet de toilette.)
Hoetense. — Vous m'abusez, Camille.
RiBALiEE, la poussant vers la porte. — Je ne mens jamais, mon adorée. Là, filez vite. \'ous êtes gentille d'habitude !
Putois, qui a pris sur la table le mouclioir oublié par Hortense. — Le mouchoir de cette dame, monsieur.
RiBALiER, remettant le mouchoir à Hortense. — Ah ! fichtre ! votre mouchoir !... Adieu, mon amour.
Hoetense. — Vous ne m'aimez plus, Camille, vous ne m'aimez plus.