SCE.NE XV
' RIBALIER, puis VALENTINE
{Pendant cette scène, le café se vide lentement. Putois éteint les becs de gaz.)
Ribalier. — Voyons, c'est trop drôle. Récapitulons... Le capitaine, le lieutenant, le sergent. Puis les autres. Tout le régiment... Mais moi aussi, alors I Je veux en être... Tant pis pour Brochard !
Valentine, rentrant par le fond. — Je monte me coucher, monsieur Ribalier.
Ribalier, la regardant, à part. — Elle est adorable, plus adorable encore... {Il l'amène par la main.) Venez un peu... Et votre menotte, montrez-la?... {Il la couvre de baisers.) Elle est pleine de fossettes.
Valentine. — Tiens ! vous la baisez maintenant !... C'est permis? Vous êtes sûr?
Ribalier. — Si c'est permis t Non, ma parole ! on vous croquerait ! C'est que vous avez un petit air!... Hein? vous avez dû joliment vous moquer de moi?
Valentine. — Me moquer de vous?... Pourquoi donc? Vous m'avez donné les meilleurs conseils, et je les suivrai... Mon mari mérite toute mon affection. Je lui serai fidèle, car la fidélité est une parure...
Ribalier, l' interrompant. — Non I non 1 c'est de la blague !... Je vous disais ça, parce que ça se dit d'habitude; mais je me fiche de Brochard... Hein? nous nous fichons de lui. Un joli magot 1
Valentine. — Comment 1 un homme si douxl d'un caractère aimable et facile ! {Jules paraît à la porte du fond.)
Ribalier. — Lui I... Le personnage le plus désagréable qu'on puisse rencontrer 1 Je vous assure, ne nous gênons pas. Dites, vous avez peur quand il fait noir? «; n i
Valentine. — Oui, je vois des ombres.
Ribalier. — Elle voit des ombres ! Est-elle drôle !... Eh bien 1 il faut laisser la porte de communication ouverte, cette nuit... {Il lui reprend la main si vivement, qu'elle recule, effrayée, en poussant un léger cri. Jules entre et emmène Ribalier à part. Valentine va allumer un bougeoir.)