‹ Théâtre en proseChapitre 12 sur 143 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

Les Mêmes, Un Lieutenant, Deux Soldats

le lieutenant Caprtaine Martian Fabert?

MARTIAN

C'est moi.

LE LIEUTENANT

Veuillez me rendre votre épée. Par ordre du commandant, je vous arrête.

MARTIAN

Moi? Que veut dire ceci? Il y a erreur. Vous me connaissez, lieutenant.

LE LIEUTENANT

Je vous connais, capitaine. Je suis convaincu que vous réduirez à néant, d'un mot, une accusation absurde. J'exécute des ordres pénibles.

MARTIAN

On m'accuse? De quoi?

LE LIEUTENANT

D'une tentative d'assassinat sur la personne d'un volontaire qui portait une dépêche à la Convention.

MARTIAN

De cela seulement? D'assassinat et de trahison? Et •c'est par une lettre anonyme, sans doute, que j'ai- été dénoncé?

LE LIEUTENANT

Je ne sais.

MARTIAN

Je le sais, (a Antoinette :) Ah! madame, j avais une meilleure opinion de la sultane Zobeïde, quant à Timaginative. Son plan de vengeance était pitoyable.

ANTOINETTE

Vous croyez?

MARTIAN

Sans doute. Selim, qui était honnête homme et connu pour tel, n'eut qu'à se présenter devant le cadi, — c'est ainsi que vous nommez, je crois, le commandant Wimpfen? — pour se disculper d'une aussi sotte calomnie.

ANTOINETTE

Il faut croire qu'il se défendit mal, car l'histoire assure qu'il fut pendu.

MARTIAN

La sultane avait donc suborné les juges?

ANTOINETTE

Non. Mais elle avait écrit dans le billet dénonciateur (car vous avez fort ingénieusement deviné que ce fut par une lettre)... .

MARTIAN

Elle avait écrit?..

Que Selim ne pourrait pas rendre compte de l'emploi de son temps pendant la nuit où le forfait fut commis.

MARTIAN

Et il ne le put pas?

ANTOINETTE

Non,

MARTIAN

Pourquoi donc?

ANTOINETTE

Parce que, cette nuit, justement, il était auprès de Zobeïde; et, par crainte du sultan, ou pour tout autre motif, il lui fut impossible de dire la vérité.

MARTIAN

■' Lieutenant, le crime, oui, le crime dont on m'accuse, a été commis...

LE LIEUTENANT

Dans la nuit d'hier, capitaine, un peu après minuit.

ANTOINETTE

Vous comprenez, n'est-ce pas? Le plan de la sultane Zobeïde ne vous paraît plus si pitoyable ?

MARtIAN

Eh bien ! je parlerai ! Vous ne valez pas qu'on hésite à vous déshonorer î

Le déshonneur pour moi, et le salut pour vous, soit I Mais lui, Lazare, si loyal, si pur, quel mal a-t-il fait pour que vous lui arrachiez sa foi dans les deux sentiments qui le font vivre, mon amour et votre amitié?

MARTIAN, tirant à demi son épée.

Oh! vous êtes odieuse.

ANTOINETTE

Ce n'est pas à moi, monsieur, qu'il faut rendre votre épée 1 (D'un ton très doux :) Et u'oubliez poiut que Tenipressement à se justifier est le propre de Tintiocence. Pour moi, je ne saurais croire que cette affaire puisse avoir

LES FRÈUES "D'ARMES 31

une fâcheuse issue, et vous ne douiez point de la sincérité des vœux que je vais former pour vous.

(Elle sort par la gauche; après une cérémonieuse révérence.) LE LIEUTENANT

Capitaine?

(Martian lui remet silencieusement son épée.)

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