ANTOINETTE MARTIAN
ANTOINETTE
Eh bien Attendez. Je vous prépare une surprise.
Si je vous disais maintenant ce dont il s'agit, vous ne seriez pas étonné tout à l'heure et je veux que vous soyez très étonné.
MARTIAN
Je vous avoue que vous m'effrayez.
ANTOINETTE Je vous ferai donc toujours peur? (Elle s'assied sur le sopha
et commence à faire des nœuds.) Voulez-VOUS prendr'e place, en
attendant la surprise? Oh! rassurez-vous, elle ne tardera point. Je vous dirai une histoire, afin de vous raccourcir le temps. Républicain comme vous Tètes, vous ne devez point avoir de goût pour les reines; p^r bonheur, ce n'est pas, à proprement parler, d'une reine qu'il s'agit, mais d'une sultane qui s'appelait Zobeïde.
Trêve à ces niaiseries, je vous en conjure.
ANTOINETTE
Des niaiseries? J'ai lu ce conte dans un livre de M. de Crébillon. Oh! le fils. Je ne me connais point aux tragédies.
MARTIAN
Eh! madame!...
ANTOINETTE
Restez aBsis. La surprise va venir. Et ne m'interrompez pas. Je gage que mon histoire vous intéressera bientôt. La sultane Zobeïde avait un amant qui avait nom Selim: elle eut à se plaindre de lui, et comme elle portait une àme fort sensible aux injures, elle résolut de se venger. Vous écoutez déjà avec un peu plus d'attention. Or, un crime, je ne sais plus lequel, assassinat, vol ou incendie, venait d'être commis dans les États du sultan, et l'on recherchait en vain le coupable. Devinez^vous ce que fit Zobeïde?
MARTIAN
Que fit-elle?
^ ANTOINETTE
Mon Dieu ! l'auteur le donne à entendre plutôt qu'il ne le dit. Ce qu'il y a de certain, — ne monte-t-on pas l'escalier? — ce qu'il y a de certain, c'est qjue Selim, ne se doutant pas des choses, mais un peu inquiet cependant, était auprès de la sultane, lorsque tout à coup- il se fit un
28 THEATUE EN PROSE
assez grand bruit dans le palais... Et voici la surprise qui achèvera le conte.